Non classé, Un tableau...
2 commentaires

Éthiopie / Peinture / Dereje Shiferaw, un tableau… SON VISAGE EST SUR L’AFFICHE

Les autorités procèdent souvent de cette façon. Au lendemain de l’exécution, elles font placarder sur les murs une liste de noms et de visages. Ce sont des personnes qui viennent d’être fusillées ou pendues, photographiées vivantes ou mortes. L’affiche est collée au travers de la ville. La population en prend connaissance. Les gens sont massés devant. Le groupe est silencieux, tassés par la peur. Parfois une femme pleure, ou un enfant, ou un homme, la figure dans ses mains.

La peinture de Dereje Shiferaw procède alors d’un trait cru, à la pointe d’un clou sur un ciment sombre. Il y a ici cinquante-quatre visages d’hommes. On pourrait dire d’eux qu’ils étaient dans « la force de l’âge ». L’expression est souvent employée dans ce genre de situation. Cette fois, il s’agit de personnes vivantes, avec des expressions ordinaires, sans doute des personnes qui travaillent, des ouvriers, des mécaniciens, des pêcheurs… Figures qui ne se distinguent pas, si ce n’est par leur robustesse. Celle-ci ne servira plus à rien. Ils sont morts.

Dans une peinture assez proche, le Sénégalais Alioune Diagne a peint les trente-cinq tirailleurs, abattus par l’armée française, dans le camp de Thiaroye (fin novembre 1944). Des bons soldats qui réclamaient leur solde, avant de rentrer chez eux. Il est inutile de porter des mots. Leur corps a été recouverts de terre. La toile les montre souriants, bouches ouvertes, rieurs, insouciants. Morts.

« … dire notre obligation morale d’être humains, que la civilisation n’existe jamais sans que l’humain soit respecté, qu’il soit le point obligatoire sur lequel tout repose. »

Dereje Shiferaw use de la même manière et dénonce ces décennies de conflits qui mutilent l’Ethiopie. Des millions de morts, des millions de visages, bouches ouvertes, yeux fixés au ciel, main inutiles, dans le silence des listes qui font état du chiffre. Inlassablement, Dereje peint cette abyssale injustice de la guerre et de la cupidité des nations. Et de ce silence complice qui va avec.

« Mon message, c’est de dire notre obligation morale d’être humains, que la civilisation n’existe jamais sans que l’humain soit respecté, qu’il soit le point obligatoire sur lequel tout repose« , disait-il déjà dans sa précédente série sur l’enfance sacrifiée. « Démasque les ombres » aurait pu être peint n’importe où. Un jour, nous sommes devant ce mur et nous regardons la liste. Un jour, vous découvrez celui d’une sœur, d’un frère. Dereje Shiferaw nous rappelle à la lucidité de cet instant.

,
« Démasque les ombres » (Unmasking the shadows), 1, 00 m x 0, 70m, Technique mixte sur papier (2021)
RC (ZO mag)
Photo: DR et D Shiferaw
Contact: (20+) Dereje Shiferaw | Facebook

2 commentaires

  1. « Mon message, c’est de dire notre obligation morale d’être humains, que la civilisation n’existe jamais sans que l’humain soit respecté, qu’il soit le point obligatoire sur lequel tout repose »
    Il a tout dit qu’il faut répéter encore et encore… Merci à lui et merci à vous de nous le faire découvrir, très bonne journée

Laisser un commentaire