L'édito
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ÉDITO / CE QU’ON ME DEMANDE DE FAIRE ?

Vous l’avez remarqué ? Quand un film sort, il y a des gens qui sont d’accord et d’autres moins enthousiastes. Même chose pour une voiture. Les essais n’arrivent jamais à la même conclusion. Et pour un resto, ça fonctionne idem: « Je n’ai pas aimé, du tout, la moambe. »

Dans le temps, il en était de même pour la peinture. Un type accrochait une belle falaise dans le matin brumeux, et les critiques hurlaient à la supercherie. La peinture ? C’était des règlements de compte à n’en plus finir. Et bien, c’est terminé.

Aujourd’hui, tout le monde est d’accord. Quand je dis « tout le monde », je parle d’un (tout petit) milieu qui s’intéresse à cette gigantesque production continentale et africaine, mais dont on ne voit que très peu de choses. Quelques rares artistes que la Machine a choisi de promouvoir. Des artistes qui se vendent 10 000 euros, ou plus, ou moins, et qui portent des chemises HM’s, boivent des drinks dans des réceptions, et achètent des appartements en Espagne.

Attention, que cet édito ne souffre d’aucune ambiguïté. La rédaction ici présente adore l’Espagne. Et les boissons pétillantes aussi… Seulement par moment, elle espère encore que la peinture peut être autre chose qu’un produit fini. Pour cela évidemment, il faut du temps. Voilà le responsable, le maître du jeu! Est-ce que la galerie a du temps ? Est-ce que les acteurs économiques sauront attendre sans oublier ? Et l’artiste ? Avec sa famille, son mari qui est au chômage et sa mère qui suit un traitement pour le diabète… Attendre ?

Il n’y a aucune pierre à jeter, aucun responsable à désigner. Un jour, un ami camerounais me parle de son atelier. Il m’explique que deux salles sont contigües. Dans l’une, il travaille ce passage patient de la figuration à l’abstraction. Dans l’autre, les gens passent des commandes. Il faut une grande force pour ça. Les artistes ne l’ont pas tous. Certains continueront de faire la même toile. Inlassablement, des années durant, comme un coloriage bien rodé. La même émotion, dupliquée à des centaines d’exemplaires.

Finalement, vous n’aimez pas ? A quoi bon le dire… Simplement, nous voudrions voir ce que l’Afrique peint d’autre que ces commandes du moment, dans une exigence immédiate du marché qui se prolonge indéfiniment. Le temps, cette fois ne lui manque pas. Et c’est un temps médiocre.

RC (ZO mag’)
Photo DR.

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