Burkina Faso / peintre / Léopold SéguédaDANS LES BRANCHES ET DANS LA PIERRE

Le premier regard est souvent trompeur. Il vous murmure des choses et l’instant d’après, il a changé d’avis, il prétend le contraire. Dans un tableau de Léopold Séguéda (Segson), le spectateur remarque d’abord le dessin (naïf) et la couleur (claquante). Il n’a pas tort. Et l’on comprend que l’artiste cite Chéri Samba (Congo), pour repère à ses débuts. La ville de Segson sonne comme un klaxon. Il s’attarde à dépeindre l’oiseau humain. Dans le déplacement de tous les jours, vacations quotidiennes, passent une fille (super roulée) et un mariole dans un maillot du FC Barcelone. Le critique hoche la tête et parle de « l’accumulation parodique ». Donc c’est très coloré! Et puis, à un moment, la porte se met à grincer. Et s’il y avait comme une vis grippée, un mécanisme qui peine à remonter cette pente ?

Comme la recherche d’une issue, le besoin de passer de l’autre côté du grillage.


Il le dit très simplement dans un courrier: «  ce que je faisais avant et maintenant, c’est pas si naïf que ça, parce que je peins le quotidien. » Il sourit. Léopold Segson n’est pas dupe. Ce qu’il donne à voir tient dans la main comme un reste de monnaie, les pièces qu’on aligne en se demandant « si ça fait le compte ». Depuis le début, il cache dans le brouhaha de la toile des morceaux de tissu, des pièces de métal, rappels tranchants à la réalité. Mais il va plus loin désormais. Depuis 2018, dès que l’occasion s’en présente, il monte dans le taxi brousse. Il le dit maintenant d’un voix plus assurée. Le sessin n’hésite plus. Et si la vraie beauté était ailleurs? et si le sens véritable pouvait revenir, prendrait-il cette même route?


Les toiles sont issues de la série « Beauté architecturale ». Deux ans plus tôt, Segson a peint une danse qui mettait les fétiches en scène, et plus étonnant encore des arbres très humains. La couleur est toujours là, mais elle répond à d’autres principes que le vernis publicitaire. Léopold s’interroge de plus en plus sur cette société. Elle présente tellement de maux. Ses articulations lui font à ce point mal. Il serait mensonger de ne rien dire.

Et c’est ainsi qu’il peint le nécessaire retour au bon sens. « Beauté architecturale » est construite ainsi, avec les bons matériaux, et les arbres en sont très satisfaits. Le village a des vertus que la modernité ignore ? revenons au fondamental.

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RC (ZO mag’)
Photos Dr et L. Séguéda
Contact: (20+) D Leopold Segueda | Facebook

Repères:
Léopold Dagnang-Ne-Wendé Segueda, dit Segson, est né en 1979 à Ouagadougou (Burkina-Faso). A l’âge de 5 ans, il retourne au village familial de Zabre (sud). Une part de son imaginaire vient d’ici, histoires, légendes, peintures murales…)

De retour à Ouaga, il poursuit en partie ses études, avant de rejoindre l’atelier de l’artiste Fayçal Zaré.
En 2017, il est à l’origine du « Collectif des arts naïfs » pour la promotion de l’art naïf burkinabè et l’enseignement des arts à l’école.

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