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Afrique du sud / Plasticien / Morné Visagie / REFLETS DANS UN CIEL BLEU

Selon la description que l’atlas donne, Robben Island est une poussière d’île, au large du Cap, dont elle est à peine distante de quatre kilomètres. La documentation historique mentionne qu’elle a été un lieu pénitentiaire pendant plusieurs siècles (Patrimoine mondial de l’Unesco). Au 19ᵉ, les opposants noirs à l’apartheid y étaient incarcérés. Robben Island est entouré d’un monochrome bleu idéal. C’est cette même couleur que Morné Visagie travaille dans la gravure ou la transparence du tissu. Le monochrome est un principe permanent de son écriture. Il a grandi toute sa petite enfance sur l’île (1990 à 1995).

Dans ces draperies immenses, des suaires lumineux qui enveloppe un corps rendu à l’état de vapeur.

En 2018, la galerie Smith accroche des œuvres du plasticien et resitue son rapport à la couleur. Le curateur évoque bien sûr Robben Island et le rêve de liberté qu’elle génère chez ses résidents. Son texte mentionne l’histoire de deux détenus, jetés dans l’océan, leur corps attaché à des poids (19 août 1735). L’île incarcère et punit de mort les liaisons interdites. Passion coupable, enfermement du sentiment, désir aboli, réglementation sadique, et pour seule échappée, la couleur, le bleu du ciel et de la mer, la couleur vibrante, chargée de tous les sentiments et de l’interdiction qui va avec.

L’ultime rémission de la mort, dans une chute qui rien n’interrompt, ni le temps, ni l’espace.

Moné Visagie conçoit la couleur comme la liberté absolue. Débarassée de toute forme, de toute référence au temps et au lieu. Il lui donne une latitude que les traits arrêtés interdisent. « Mon travail, dérivé d’une expérience personnelle et basé sur la mémoire, ne peut pas être transmis au spectateur à travers une simple imagerie picturale. » En se rattachant aux monochromes bleus d’Yves Klein, il dit ainsi  » magnifier l’idée d’ambiance en lien avec les notions de perception et de réception. »

Dans cette œuvre que l’Akaa pose au centre de son édition 2021, Morné Visagie suspend des voiles colorés, purement évocateurs, sans doute empruntés à une idée de chute (verticale), qui serait à la fois celle de l’élément (cascade), de la lumière (au-travers) et du corps (sentiment rouge et or). Mais il est tout à fait possible que ce soit exactement le contraire ou que cela ait lieu à l’instant où le corps des condamnés, Claas Blank et Rijkhaart Jacobsz, s’enfoncent dans l’eau bleue. On imagine alors, aux amants interdits, l’ultime rémission de la mort, dans une chute que rien n’interrompt, ni le temps, ni l’espace.

…recouverts d’une étoffe bleu, d’un océan bleu, d’un ciel identique, au fond d’eux mêmes, leur délivrance.

Cette couleur serait alors la représentation abstraite de ce rapport que Robben Island entretient entre la terre et l’océan. La terre sans promesse et l’océan liberté. Le bleu qui monte du corps et inonde tous les recoins du ciel.

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Untitled II (The Last Colour to Fade), 2018-2019, tissu de tarlatane (en lambeaux) collecté, recyclé et cousu.
L’oeuvre sera présentée à l’Akaa 2021, comme pièce centrale de la foire, du 12 au 24 novembre prochains.
Courtesy Nuweland

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Repères
Morné Visagie (né en 1989) est un artiste, graveur et conservateur sud-africain qui vit et travaille au Cap. Il a été diplômé de la Michaelis School of Fine Art (2011), avant de poursuivre sa maîtrise.

Dernières expositions individuelles
2019: La dernière couleur à disparaître, WHATIFTHEWORLD / KRONE, Twee Jonge Gezellen, Tulbagh (P-B).
Die Bloue Wis, Galerie Nuweland, (Pays-Bas).
2018: FOVTAIN, Smith, Cape Town (AF sud).
2016: Il y a des taches d’or dans le Lapis – WHATIFTHEWORLD, Cape Town (Af-sud).
2015: La ligne de beauté – WHATIFTHEWORLD, Le Cap.
2014: Derek Jarman, 1994, Galerie Brundyn + Gosalves, Le Cap.
2013: Loin de la mer, peut-être… Morne Visagie & Mbongeni Dlamini – WHATIFTHEWORLD, Le Cap.

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