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Benin-France / Céramique / King Houndekpinkou DESCENDUS D’UN CIEL DE TERRE MAUVE

Ce carnet de voyage commence à l’angle d’un four, entre la mer du Japon et celle du Bénin. Le feu est là, ouvert et lumineux. King Houndekpinkou met le bois qu’il faut et attend avec patience que la cuisson se fasse. Il y a presque mille ans, les céramistes du bizen-yaki procédaient de cette façon. Le four s’appelait anagama. La liberté que l’artiste béninois va prendre, sera de métisser l’argile. Pour moitié, celle des collines d’Yokoyama et pour restant, issue de son village de Sè (Bénin), telle que les potières l’utilisent. Métissage ou diaspora du savoir et du rêve qui vient avec.

La parenté de la terre, entre les collines d’Yokoyaqma et la savane vodoun.

Au commencement de ce grand voyage… King Houndekpinkou fait des poteries d’une épure parfaite, où seul apparaît le temps et l’extrême synthèse… c’est à dire la fissure. On pourrait dire, l’éclosion de l’oeuf. C’est ensuite que la couleur ruisselle. Chez le céramiste, elle est aussi forme, parce qu’elle engendre un sens qui se met dans la forme d’un mot, d’un geste, d’un volume. La couleur est un émail venu de l’intérieur. Une transpiration poétique qui ouvre l’espace et de possibles interprétations.

« … se transformant en sculpture, peignant avec un abandon similaire et une palette électrique. » Garth Clark, critique.

L’exposition présente évoque le jardin, comme son titre le dit: « Dans mon jardin… ». Mais elle est un peu plus qu’une promenade dans des allées remplies de correspondances. Elle participe aussi d’une démarche alchimique. Les objets qui naissent de cette union appartiennent à un genre fondamental. Ils sont la signification.

« Ceci n’est pas un pot », mais un contenu spirituel et souriant. Ce matin a les couleurs pâles d’une lagune. Le jardin s’ouvre sur le balancement des grandes anémones. Bien qu’il éprouve un profond respect pour la tradition de la céramique, King est un créateur contemporain. On se souvient qu’en 2017, il avait participé à une exposition en hommage à George Edgar Ohr (1857-1918), surnommé « the mad potter of Biloxi ». L’expressionnisme abstrait peut exister dans ce domaine de la terre cuite. D’un four et d’un savoir ancestral, la liberté fait jaillir l’inédit. Le pot déroge à son utilisation première: il devient le squelette d’une floraison animale, mélange de genres et entrelacement de langues. King leur donne des noms latins (Trigobolicus ou Bigobolicia), puis les habille d’or et de turquoise.

Le critique d’art, spécialiste de la céramique contemporaine, Garth Clark, place King dans la lignée de ces artistes « irrévérencieux dans leurs procédés, méprisant les règles, et libérés dans leur utilisation de la forme du contenant, se transformant en sculpture, peignant avec un abandon similaire et une palette électrique. » Parce que c’est à l’image de la peinture, dans l’aventure permanente des sens, de la couleur et de la forme, que le travail progresse. Le jardin est un lieu merveilleux. Il est l’espace originel, celui de toutes les expérimentations. Le serpent est bleu et chante un air d’opéra.

En 2012, King associe la terre, les esprits, le feu posés sur des passerelles de vent.

« Ceci n’est pas un pot ». Effectivement, ce sont des animaux-fleurs ramenés d’un endroit maritime et végétal, non cartographié. Le feu les revêt d’une carapace magique et défensive. Tout comme l’anémone. Tentacules urticants, danse hypnotique. Il n’y aucune « utilité » à ces mouvements de terre et de vent, que la beauté d’un monde qui se révèle, au matin d’une autre création, dans un univers parallèle. Sous l’ombre molle de ses feuillages, des méduses dansent. Muqueuses royales, remplies de bourdonnements.

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« Dans mon jardin… », King Houndekpinkou, jusqu’au 2 octobre, galerie Vallois (Paris). https://www.galerierobertvallois.fr/modernecontemporain/actualite/252

Du 22 septembre au 2 janvier, Royal Academy of Arts, Londres (GB)
Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: DR, © Louis Delbaere – Courtesy Galerie Vallois.

Repères
King Houndekpinkou est né en 1987, à Montreuil. Il vit et travaille à Paris.
En 2012, la découverte des ” six fours anciens “ de poterie du Japon l’incite à se rendre à Bizen (Japon) pour acquérir des connaissances et se former auprès de ses amis potiers. Il va désormais y retourner chaque année.
L’approche spirituelle et cérémonielle de la céramique lui rappelle le culte vodoun, le pays de ses origines. Cette interculturalité qui touche aussi bien les techniques que les argiles et les autres matériaux, nourrit profondément sa démarche.

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