Afrique du sud / Critique d’art / Mbe Mbhele ARRÊTEZ CETTE HYPOCRISIE !

La scène se passe dans une galerie de Joburg’, souvent citée comme exemple. L’exposition est celle d’un artiste encore méconnu, Levy Pooe. Il figure la société sud-africaine aux prises avec les contradictions de l’après apartheid. Riche et misérable, dans la partition des classes, dans la prière et la mendicité. Le critique d’art se nomme Mbe Mbhele. Il promène sur le vernissage un regard sans complaisance. Sa question est très simple. De quelle galerie nous avons besoin, dans un pays qui s’écroule? sur quels murs devons-nous montrer l’art? Des couples riches se pavanent devant les tableaux, un verre de vin à la main, des rentiers en costume Hugo Boss commentent d’une voix d’oiseau la richesse de la palette.

« Les œuvres sont créées en réponse à la demande des galeries, en fonction de ce qui se vend et ne se vend pas, commente Mbe Mbhel. « Il s’agit rarement de ce que l’artiste veut vraiment dire, mais de ce qu’il est autorisé à dire. La question est de savoir ce que la galerie peut faire d’autre. Elle n’est pas nouvelle, mais on doit la réexaminer si nous voulons sauver la galerie d’un espace où les riches nourrissent leurs désirs insatiables de regarder et d’investir. Les œuvres qui sont souvent exposées parlent de/sur la pauvreté, la souffrance, la violence mais l’hypocrisie est que les personnes dont on parle ne savent même pas qu’elles sont représentées de cette manière

ils ne savent pas que leur souffrance peut être consommée pour le plaisir et la jouissance de l’autre.« 

Dans son article, le critique sud-africain s’interroge donc sur l’aspect politique du lieu d’exposition. Les Bag Factory Studios ont été créés en 1991 pour aider les artistes locaux. Mais ils se situent dans un quartier élitiste de la ville. Son accès est évidemment limité aux classes les plus favorisées. Rien à voir avec ce qu’il présente sur ses murs, qu’il s’agisse de l’artiste et des couches sociales qu’il figure. « Ce schéma est dangereux car il sape en quelque les multiples potentialités de ce que l’art peut faire et le réduit à une marchandise. »

Où en est le dialogue que l’art est supposer engager? L’oeuvre ne possède aucune charge sociale, elle est un objet susceptible de générer du profit immédiat, avec un pourcentage relatif aux uns et aux autres, et peut-être la possibilité de s’en aller ailleurs. très loin du ghetto.

Avec le MOCA, l’Afrique du sud s’est offerte le plus grand espace d’art contemporain en Afrique.

Ce jour-là, le critique pose donc sa réflexion sur cette brutale dichotomie (et franche hypocrisie) de la société locale. Dans une Afrique du sud, puissance continentale rayonnante, les tableaux de Pooe auraient un rôle à jouer. Sous ces couleurs éclatantes, c’est une plongée schizophrénique qu’il propose. Des gens regardent en gazouillant le tableau. Ils sont blancs, ils sont noirs, ils pilotent des voitures allemandes. De l’autre côté, au bout d’une voie de chemin de fer, une femme cherche de l’eau à un robinet, sous un terril d’immondices. Caricatural, dit le tenancier de la galerie. Inévitable transition sociétale, murmure le politicien. C’est la maison de mes parents, dit le peintre.

RC (ZO mag’)
Photos: DR
A lire: https://africanah.org/mphe-mphe-ya-lapisa-a-solo-by-levy-pooe/

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