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Iran / Dessins et peintures / Samaneh Atef / ET LES TROUS ROUGES DES BOUCHES DANS LES ARBRES

Brusquement, les dessins viennent au gris. Ils oublient la couleur qui peut être un commencement de joie, de peur ou de deuil, et se concentrent sur cette tristesse de la chromie. Samaneh Atef raconte une histoire qui est la sienne. Elle cherche donc à être le plus précise possible. Elle consulte des cartes, elle pose des points de vue. La peinture et l’écriture sont au-delà de la matière, dans l’incertitude des localisations. Elles sont du même flux. D’ailleurs, durant les semaines qui ont précédé, la peintre iranienne accompagnait ainsi ses publications internet de textes courts. La forme était celle de poèmes en prose. Elle revenait à une nuit violente et l’instant du possible renouveau : « Il était deux heures du matin mais le soleil était en plein milieu du ciel et il étreignait les nuages ​​gris avec beaucoup d’amour, et il pleuvait. » Un instant, on a cru que la souffrance s’en irait. C’est une folie de croire de pareilles choses. L’instant d’après le ciel se déchire.

La femme est penchée par dessus la mer. Les vagues font remonter son estomac et son âme. C’est à Naples ?

« Quand je dessine, c’est une histoire que je dois raconter. Je mets des visages et c’est mieux ainsi de leur donner des traits. » Elle veut dire que l’effroi est plus acceptable. Elle veut dire que l’histoire qui est la sienne, depuis cette petite ville, Astaneh Ashrafieh, dans le nord de l’Iran, est un récit mille fois froissé, déchiré et recollé, parce que ce sont les seuls papiers dont elle dispose. En 2020, quand elle arrive à Lyon (France), Samaneh Atef est dans ce morcellement, cette ligne brisée. Il faut un récit qui peut rafistoler ça. Des amis peintres le lui ont dit, de peindre, et plus tard d’écrire aussi. Alors elle le fait, des mêmes mots qui font ses couleurs souvent éteintes, elle écrit :

« J’ai plié mon autre morceau et l’ai mis à côté des livres non lus. Au milieu, se trouve un cœur et un arbre, et une immense et interminable rue à double sens… »

et elle dessine sur une carte routière, dans les plis et les replis de cette géographie imaginaire, routes rouges, veines bleues, marais couvert d’herbes grises. Samaneh fixe deux immenses femmes, qui sont les deux moitiés d’elle-même. Des dessins pliés, des cartographies routières et maritimes de la tristesse et du dégoût, d’avoir noyé dans la tasse de thé ces minuscules fourmis qu’elle aimait tant.

Se concentrer sur le récit, mettre les mots, retrouver au mieux ce qui s’est passé, pour en déchiffrer le sens. De quel côté faut-il tourner le tableau ? Vers quelle mer regarde cette femme, penchée sur le bastingage, et qui rend à la mer, ses petits cadavres ordinaires. Comprendre par où commence la tempête, et comment, et quelle était la lumière de ce jour d’effroi, de cette naissance qu’ils ne souhaitaient pas

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« Des cartes pour se perdre », collective (Mehrdad Rashidi, Dany Leriche, Marcoleptique, Evelyne Postic, Davide Cicolani, Samaneh Atef et Marta Caradec), du 28 août au 9 octobre. Galerie Polysémie. 12, rue de la Cathédrale, 13002 Marseille. http://www.polysemie.com

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: DR et Samaneh Atef


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Repères :
Née à Bandar Abbas en 1989, Samaneh Atef a vécu à Astane Ashrafiyeh (nord de l’Iran). Après ses études d’informatique, elle veut devenir peintre. Il y a deux ans, elle a quitté son pays pour venir en France (Lyon). Elle se définit elle-même comme étant très proche de l’expérience de Frida Khalo qui dessinait pour lutter contre sa dépression.

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