USA / Photographie / Dawoud Bey / TOUT DOIT DISPARAÎTRE !

Une façon très efficace de déplacer le problème. New York est la ville américaine qui a lancé la première les réhabilitations de quartiers. Brooklyn, Bronx ou Harlem devaient changer de visage. Le mot anglais est la « gentrification ». Les urbanistes l’emploient avec un peu d’hésitation. « Changer de visage » signifie aussi changer de population… et faire une très bonne opération financière. Harlem en est un exemple particulièrement réussi. On n’entrait pas dans Harlem. Aujourd’hui, il y a des terrasses et des galeries de peinture, des sièges bancaires, des façades… qui ne sont plus que des façades.

Cette ville n’existe plus. Ces gens ont disparu. L’identité ? De quelle identité parlez-vous?

A la fin des années 70, Dawoud Bey photographie le quartier dans sa plus fameuse série, « Harlem, U.S.A. » (1979). Le visage d’Harlem! Un révérend en place depuis 48 ans, un homme avec un chapeau melon, une gamine qui va à son cours, jupette bleue et lunettes d’écailles, un jeune sympathisant des BPP (Black Panthers party). La rue, et ce qu’elle dit aussi des choses à (re)construire. L’aménagement social. La municipalité choisira une option très différente.

« Harlem aujourd’hui, c’est une machine « à effacer et remplacer ». Dawoud Bey.


Entre 2014 et 2017, Dawoud Bey est retourné dans le quartier avec un appareil moyen format. La série s’appelle « Harlem Redux » et rassemble des images de grande dimension sur cette gentrification, qu’il juge indécente et dramatique. Les rues ont disparu, les anciens commerces ont baissé le rideau, ceux qui l’habitaient sont morts ou déplacés, le tissu associatif qui aidait les familles a été dissout. « Harlem aujourd’hui, c’est une machine « à effacer et remplacer ». Dans cette nouvelle agglomération, des pans entiers de l’histoire sociale et culturelle sont systématiquement rejetés. La mémoire ?»

Déplacer une population, lui enlever sa géographie et sa langue.

Photographier le vide, l’absence, un graf’ sur un mur qui ne dit plus rien, qu’une vague trace. Dawoud Bey est un photographe lucide. Il ne s’attache pas à montrer la nostalgie, mais le coup froid de la pelleteuse qui creuse dans ce substrat de la mémoire et arrache des pans entiers de l’inconscient.

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RC (ZO mag’)
Photos: Collection de l’artiste; avec l’aimable autorisation de la Sean Kelly Gallery, New York ; Galerie Stephen Daiter, Chicago; et Rena Bransten Gallery, San Francisco. © Dawoud Bey

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