Un tableau...
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Ethiopie / peinture / Dereje Shiferaw, un tableau… / LA RIVIÈRE CHARRIAIT DES CORPS

Il est impossible de ne pas entendre les mots qu’elle prononce. Ce qu’elle dit est comme la bombe qui vient d’exploser. Ses mots et les taches rouges sur sa robe. Ce ne sont pas des fleurs, ce sont des trous remplis de sang. Celui de sa mère ou de son frère, dans l’explosion de la bombe, par la trajectoire aveugle de la balle. L’enfant est debout et regarde le soldat qui s’avance vers elle. L’enfant est couchée, et dans le ciel passent des avions assourdissants, des traînées de feu, et des nuages noirs qui montent de la terre sacrifiée. Juste un champ de mines et de corps immobiles.

Armes blanches et fleurs de sang, conflits importés, profits en tous genres.

« Ces enfants victimes, ces enfants soldats, otages de la guerre que l’Occident crée. Peindre pour éduquer, pour dire le refus de l’arme blanche et de la fleur rouge (…) » Dereje Shiferaw

Dans cette dernière série, Dereje Shiferaw reprend le récit. C’est un chemin sans gloire, une solitude sans âme. Un massacre qui sans cesse se répète  » Je me suis réveillé dans mon atelier, en pensant à la situation. Ces enfants victimes, ces enfants soldats, otages de la guerre que l’Occident crée. Peindre pour éduquer, pour dire le refus de l’arme blanche et de la fleur rouge, de cette fleur sanglante, de cette enfance noire sacrifiée aux intérêts de l’Ouest. En arrière plan, je pose le manuel scolaire de mon fils de onze ans, qu’il soit dans ce tableau, qu’il en soit la conscience.« 

Entre 1974 et 1991, plus de 750 000 personnes ont été tuées dans les conflits ethniques. Au terme de la guerre avec l’Érythrée (1998-2000), les victimes se chiffraient à plus de 100 000. A cela, il faut encore ajouter les milliers de morts liés aux violences séparatistes (Ogaden, oromo…) et les millions de personnes déplacées, malades, affamées.  » J’ai commencé cette série avec cette idée, man. Que c’est plus profondément une guerre entre l’ouest et l’Afrique. »

Le 12 août 2021, à la frontière soudanaise, la rivière Tezeke charrie des dizaines de corps (AFP). Dans cette province séparatiste du Tigré, la guerre continue. Elle a déjà fait des milliers de morts, des milliers d’orphelins. Debout, une enfant regarde l’eau et les corps qui s’en vont.

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Obliterated childhood (Enfance effacée), 1, 00 m x 0, 70m , Technique mixte sur papier (2021)
RC (ZO mag)
Photo: DR et D Shiferaw

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