Photographie et numérique
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Mozambique / Photographie / Ricardo Rangel / CE DONT MA VILLE SE SOUVIENT

Ce n’est plus tout à fait la même Afrique. Le noir est plus sombre, les angles plus tranchants. Pourtant la réalité est la même. Seulement le photographe, témoin de son temps, la figure différemment. Malick Sidibé ou Mama Casset, régulièrement exposés depuis les années 80, montrent la joie et la lumière. Ce n’est pas le cas des photographes de l’Afrique australe. Les exemples sont nombreux. On peut citer Ernest Cole (Afrique du sud) et tout autant Ricardo Rangel qui pose sur la société du Mozambique les seules vraies questions, répétées à tous les coins de rue, dans les hôpitaux, les écoles, autour d’un robinet d’eau. Sans voyeurisme, sans dramatisation, juste la réalité du moment.

Ricardo Rangel est photojournaliste, et ce mot a un sens. En 1941, à 17 ans, il a appris les rudiments du métier chez un photographe de la place, Otílio Vasconcelos. Très vite, il a collaboré avec les périodiques locaux (Lourenço Marques Guardian, Notícias, Notícias da Tarde…). Ce qui fait d’ailleurs de lui, le premier photographe « non-blanc » à travailler dans la presse mozambicaine.

Dans les années 70, il sera d’ailleurs l’un des fondateurs de Tempo2, premier magazine couleurs du pays. Dans ce creuset d’images, de pouvoir, d’information orientée, il construit sa réflexion. Ricardo Rangel considère l’image comme un moyen assez infaillible de documenter de façon réaliste une époque. Plus percutante que les mots et moins malléable.

Il y a des choses que l’on doit montrer, que l’on savoir, pour demain les améliorer.

Ses clichés sont parfois terribles, à l’image de cet enfant marqué au fer rouge pour la disparition d’un mouton. Un regard qui n’oublit rien, mais ne s’attarde pas à la dramatisation. Dans un visage, il cherche à capter la part d’innocence et de volonté. La plus connue en Europe, sa série sur les prostituées de la Rua Araújo, n’a rien à voir avec les rues d’Hambourg ou le sordide des ghettos junkies de New-York. Rangel sous-entend en permanence que cette pauvreté n’est pas une fatalité. Il la constate et suggère par ses images de la combattre. Son regard est critique, engagé, et ne s’écarte jamais de cette conviction de la vie.

Durant toute sa carrière, Ricardo Rangel reste convaincu que «les hommes ne naissent pas méchants». Ils ont besoin d’outils pour comprendre et s’améliorer. La photographie en ce sens pouvait être efficace.

« L’homme n’est pas foncièrement mauvais, c’est l’ignorance qui le rend méchant. » Ricardo Rangel

En 1977, au moment de l’indépendance, il a rejoint le quotidien « Noticias », où il doit organiser le service photographique. Une nouvelle histoire commence. D’avoir connu l’occupation portugaise, le passage à l’indépendance, puis la guerre civile entre le Frelimo et la Renamo, l’amène à beaucoup produire. Et pourtant ses images sont rares. Une grande quantité seront détruites à la suite des conflits. Un nombre non négligeable a également disparu, jugées négatives par les pouvoirs en place. Pouvoirs blanc ou noir, l’image est un lieu de culture, d’échange et d’éducation. Ce ne sont pas des qualités suffisantes pour les politiques du moment.

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RC (ZO mag’)
La galerie Afronova (Johannesburg) présente le travail de l’artiste.
https://www.afronova.com/artists/ricardo-rangel-2/

Repères:
Ricardo Rangel est né le 15 février 1924 à Lourenço Marques (auj. Maputo) et mort le 11 juin 2009 dans la même ville.
Il a constamment dénoncé la colonistion portugaise. En 1952, Ricardo Rangel était le premier photographe non-blanc a collaboré dans la presse.
En 2008, il a nommé officier des Arts et des Lettres par la France.


Dernières expos individuelles:
2003: Photographs by Ricardo Rangel, University Gallery, Bayreuth (Allemagne)
2001: Rétrospective, Bamako (Mali).
L’anima del Moçambico, Centro per l’arte contemporanea, Rocca de Umbertine (Italie).
1998: Ricardo Rangel, Bilbao (Espagne).
Ricardo Rangel Fotografias, Arquivo Fotográfico Municipal, Lisbonne (Portugal).
1992: Ricardo Rangel, Wits University, Johannesburg (Af sud).
1988: Photographs by Ricardo Rangel, Harare (Zimbabwe).
1986: Storie di mozambicani nell’epoca del colonialismo, Galleria del Centro Culturale San Federie, Milan (Italie).
1983-84: A terra e os homens, Basel, Berlin, Stockholm.

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