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Burkina Faso / Photographie / Mohamed Ouedraogo / ET SUR CETTE PIERRE…

Les visages ont tous la même expression. Rien ne peut faire de différence entre eux ; ni le lieu où ils travaillent, ni les vêtements qu’ils portent, ni la végétation qui les entoure. Parce que la réalité de leur vie est dans leur regard. Il faut bien regarder leurs yeux. Un épuisement identique se lit. Un vide aussi, qui est celui de leur propre existence. Tout est absent pour eux : les perspectives, l’éducation, les soins, la joie… Quelle envie d’ailleurs peut-on avoir? Une route les a menés jusqu’ici et elle ne va pas plus loin.


Mohamed Ouedraogo a commencé cette série de portraits en 2015, dans une carrière au sud de Ouagadougou. C’est un lieu maudit et ses images le disent. « On y travaille dix heures par jour pour à peine mille francs cfa (1 euro 50). La plupart sont des gosses, mais il y a aussi des femmes et des vieux, tous dans des situations précaires. Ils extraient le granite. Ils respirent la fumée des pneus brûlés et la poussière de la pierre. Leurs vêtements sont de la récupération, des teeshirts à la gloire des grandes firmes capitalistes, des équipes de foot les plus riches de la planète. »


La lumière est minérale, le bruit l’est plus encore, et les regards sont comme la pierre, vides d’expression, refermés sur cette souffrance que rien ne vient soulager. Mohamed Ouedraogo a choisi l’heure la plus verticale du jour, celle du midi, dans un écrasement inhumain de la personne. L’extraction n’est pas celle de l’or ou du diamant (ce qui ne changerait rien d’ailleurs), mais d’une pierre ordinaire. Il y a quelque chose d’assez terrible dans ce portrait de l’enfant qui transporte ce bloc angulaire. La pierre est une masse sans concession. L’enfant plie sous la charge. Il est écrit: « Et sur cette pierre, je bâtirai mon royaume. »

RC (ZO mag’)
Photo: Mohamed Ouedraogo
Contact: (00226) 78 41 41 65 et 64 71 29 50
Email : mahoflex@gmail.com

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