L'édito
1 commentaire

Edito 2 / LES FLEURS SONT PERISSABLES…

C’est comme une bouffée d’oxygène de lire une interview de Kapwani Kiwanga. Vous ne connaissez pas cette dame? Certes, elle est anglophone et notre sphère répugne souvent à la langue étrangère. Nous vivons dans une finitude de l’expression, comme dans une finitude de la forme. Les choses semblent arrêtées. Donc on ignore généralement qui est Kapwani Kiwanga. Disons simplement qu’elle est anthropologue à la base et plasticienne par la suite. Il y a deux ans, elle a obtenu le prix Marcel Duchamp pour son projet « Flowers for Africa ». 

A la fin, on les balance dans une benne, derrière le bâtiment.

Il s’agit de simples fleurs coupées, comme celles que l’on pose aux tribunes officielles des rencontres internationales. Le G 8, un jury de patinage artistique, les rencontres entre les Présidents fondateurs. Des fleurs coupées qui fanent au fil des jours, et nous posent la question de la temporalité. A la fin, on les balance dans une benne, derrière le bâtiment.

« Flowers of Africa » pourrait donc être, de la même manière, une réflexion sur l’impossible pérennité d’une oeuvre. La finitude de l’expression, la répétition du même geste, et ce dessèchement progressif qui s’en suit. Tenez, à l’image de ces peintures qui se répètent au fil d’une carrière, du même combat de boxe, de la même fête dans un jardin nocturne, des mêmes portraits familiaux… Garder une identique émotion, et bien sûr d’en faire le commerce.

Et là, on en revient à cette artiste de quarante ans, qui expose à Beaubourg, qui dit que c’est agréable, et qui parle du refus de l’oeuvre fixe. Fixe ? Arrêtée, qui prononce les mêmes mots, qui peint l’intangible vérité, comme le sont les médaillés olympiques, les présidents fondateurs, les galeries de renom, l’invariable lumière qui brille sur le marché. Mme Kipwani Kiwanga dit:

« L’idée était d’éviter de faire une déclaration permanente ou une sculpture comme une sorte de monument à un moment passé comme si on essayait de s’y accrocher. Il s’agissait plutôt de le reconnaître et de le laisser s’évanouir dans l’histoire – c’est là qu’est née l’idée des fleurs coupées. »

La rédaction

Cette entrée a été publiée dans : L'édito

1 commentaire

  1. Pierre Garel dit

    On peut comme moi beaucoup apprécier Duchamp, et le séisme, la révolution conceptuelle qu’il a provoquée. Le geste de Kiwanga est radical et on a affaire à un ready-made implacable, en plus d’être périssable (comme de nombreuses oeuvres éphémères antérieures), et je comprends que c’est là sa raison d’être. Mais un siècle après ceux de Duchamp, quel impact, voire quel intérêt ? Ce qu’on a de différent ici, c’est que c’est aussi joli. Kitsch comme du Jeff Koons – pas nouveau non plus… Seule singularité, l’artiste est noire-africaine. Bon. Dans ce milieu hyper pointu, l’origine, l’ethnie, la couleur, la culture, l’histoire de l’artiste non plus tellement de sens, seule l’adhésion à l’histoire de l’art contemporain occidental permet à l’artiste de bénéficier de projecteurs très orientés. Ce n’est pas une critique, juste un constat. Un « Prix Marcel Duchamp » c’est louable, mais le risque est de formater (encore !) des artistes à ce qui se réduit maintenant à un style… Qu’en aurait pensé Duchamp lui-même ?

Laisser un commentaire