USA / Photographie / Ernest C. Withers

Il faut se concentrer sur les images. Parce qu’elles seules racontent l’histoire. C’est en gros la phrase que Ernest C. Withers avait fait imprimer sur ses cartes professionnelles. Raconter l’histoire, qu’on y mette une majuscule ou pas, c’est un faux débat. L’histoire, ce sont les faits. Et les images de Withers ne s’occupent que de ça.

A la mort du photographe en 2007, tout le monde a salué cet immense travail. Soixante années de photoreportage, dans le Sud de la ségrégation, au coeur de la machine Hoover, tambour racial à plein régime, répression quotidienne, misère généralisée. Il est là lors des manifestations de Washington et les bus de Montgomery. Pendant une décennie, il suit les meetings du Dr Martin Luther King Jr, de James Meredith et Medgar Evers. Parce que c’est l’histoire, comme le sont ses clichés implacables et souriants de vérité, l’élection d’une reine et d’un roi (1959), dans une salle de fête du Mississipi, reine et roi de papier, musiciens de jazz, enfants des rues ou des champs de coton, vieux cireur de chaussure… Ou encore ce mur de pancartes et d’hommes immobiles. Noir et blanc. Les mains noires sur le message à l’administration blanche. « I am a man » (Je suis un homme), prise en 1968, lors de la grève de l’assainissement à Memphis.

Plus d’un million de clichés. Et si certaines ont fait le tour du monde, on doit toutes bien les regarder, parce que c’est un livre ouvert, le premier sans doute d’une telle ampleur, et dans les profondeurs duquel cette Amérique entière est représentée. Jusque dans les coins les plus discrets, qui montrent les jolies filles et les gentils garçons du KKK, cheveux en brosse, lunettes de soleil, capuches baissées qui grillent une cigarette. Le juste cliché, pas de baratin, l’image nécessaire.

Noir et blanc, les mains noires sur le message à l’administration blanche. « I am a man »

Il faut rester sur cette vérité et en mesurer l’importance. A la mort de Withers, ces mots reviennent souvent. Et un peu plus, quatre ans plus tard, dans la consternation qu’apportent les révélations sur sa collaboration possible avec le FBI, nombre de personnes qu’il avait fréquentées se sont encore retranchées derrière l’importance indéniable (historique) de ce travail photographique. Certains ont également souligné la grande pauvreté à laquelle il devait faire face, père de huit enfants, et le fait qu’il ait communiqué au FBI des clichés sans réelle importance. Ni pour le mouvement des droits civiques, ni pour le bureau d’Hoover.

Revenir à l’image. Parce qu’elle dit l’exactitude dont personne ne se soucie, celle du geste, d’un sourire, à une certaine heure du jour, dans une certaine rue de la ville, dans cette seconde qui précède la Grande Histoire et la rend intelligible. Capter cet instant très éphémère, avec le plus d’honnêteté possible, était la seule règle qui conduisait son travail. C’est ici, dans ces couches argentiques, au travers de ce noir et blanc en perpétuel mouvement, parcartes levées, que l’Histoire est écrite. La grande image est juste là comme la couverture du livre.

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« Je vous y emmènerai », Ernest C. Withers, jusqu’au 31 juillet. Fahey Klein Gallery, Los Angeles.
RC (ZO mag’)

Photos E. C. Withers, by courtesy Flahey Klein Gallery

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