Congo / Photographie / Robert Nzaou / L’OBTURATEUR A LA COULEUR D’UN CIEL PISTACHE

« On s’est rencontré dans la rue ». Pas mal d’histoires pourraient débuter de cette façon. En tous cas, Robert Nzaou voit les choses ainsi. La rue est son univers, elle lui donne sa couleur et son parfum. Dans ce tissage de tôles et de briques, de petites échoppes, de marchandes penchées sur leur braise, il comprend mieux l’humain. « C’est ce monde-là qui m’a emmené à la photo, des gens comme Doisneau, Cartier-Bresson, Robert Frank qui captent cette poésie. » Pour repère biographique, il vivait alors en Afrique du sud. Dans cette lumière australe, dans cette couleur assez particulière, il a appris le métier, puis il est revenu au Congo.


Avec « Pointe Noire na Mpimpa », débuté 2015, l’expérience n’est pas simple.  » La police et la population n’acceptent pas trop qu’on prenne des images. Les policiers exigent des permissions… qui n’existent et les gens refusent carrément. Tu risques carrément d’être battu et arrêté. J’ai donc dû apprendre la patience, la discrétion et puis à oser aussi. » Il sourit, parce que c’est aussi un travail de mémoire indispensable et que personne n’enregistre. Un témoignage du temps ordinaire.

« J’avais adopté le même rythme que la rue, que les gens, j’écoutais leur musique, leurs embrouilles, j’étais totalement obsédé par ce monde. »


Cet adjectif colle idéalement aux clichés de Robert. Et aussi une confiance absolue pour la vie. Dans une autre série, qui prend comme motif les flaques d’eau, dans ces rues défoncées, le photographe accroche de la même façon le bleu du ciel et l’extrême légèreté des passants. Des enfants vont à l’école, l’eau est un ciel, les nuages des îles, la terre flotte, coupée par le vol des oiseaux. La poésie est permanente.

la nuit brille un peu de cette manière. Les coiffeurs ouverts très tard, les vendeuses de poissons qui se penchent sur la braise, les boutiques de téléphonie, et puis les maquis.


Et il en est ainsi dans « Pointe Noire na Mpimpa » dont il poursuit encore, en 2021, la patiente mise au point. « C’est une couleur très particulière. Tu sais comment les Congolais aiment la couleur, la façon dont ils s’habillent… Je pense que la nuit brille un peu de cette manière. Les coiffeurs ouverts très tard, les vendeuses de poissons qui se penchent sur la braise, les boutiques de téléphonie, et puis les maquis. Tiens, il y a un match…« , comme sur cette image, l’une des plus belles. Cadrage irréprochable. Un fauteuil de coiffeur à gauche, et sur la droite, à la devanture d’une boutique vidéo, des gens qui regardent sagement le petit écran. Assis sur des bancs, bien droits, comme à l’école.


Robert Nzaou en est aujourd’hui à sa sixième année d’enquête amoureuse. Car c’est de ça qu’il s’agit. « Très vite, c’est devenu une sorte d’addiction. Il a suffi de deux nuits, et j’ai commencé à rentrer de plus en plus tard à la maison. Au point que ma mère, mes frères et sœurs commençaient à s’inquiéter pour ma sécurité. J’avais adopté le même rythme que la rue, que les gens, j’écoutais leur musique, leurs embrouilles, j’étais totalement obsédé par ce monde.« 

C’est ici que naissent les photographes


De la même façon que l’art vous absorbe, que le désir vous vient d’entrer dans le tableau. Pointe Noire, cité portuaire, qui déborde allègrement du cadre. Pointe Noire en couleurs acides, peinte au néon, belle comme une sucrerie, attire ainsi les enfants et en fait des photographes.

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Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: Robert Nzaou
Contact: http://www.robertnzaou.com
Instagram: Robert Nzaou

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