Un tableau...
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Burkina Faso / peinture / Christophe Sawadogo, un tableau… ET LE MONDE S’EST FERME

L’homme se déplace. Il va d’un point à un autre, dans la promesse du meilleur. C’est une fonction vitale. Les oiseaux font de même. Les immenses et les minuscules se fient à la boussole, instrument de sagesse. Et puis d’un coup, les routes se ferment. Ou du moins certaines d’entre elles. Il ne reste que des chemins condamnés, des pistes sans avenir, un bitume qui finit dans l’abîme.

Christophe Sawadogo poursuit sa réflexion graphique sur le déplacement, qui est source de vie et motif de mort. La migration est au coeur des débats, elle est au coeur simplement, lancinante et insoluble. Des barques sont mises à la mer et la mer les engloutit.


Construit de manière totémique, « parce que nous peignons dans la verticale, nous représentons ainsi nos ancêtres, nos valeurs, nos masques, cette toile parle de la migration obligée. Je m’inspire de certaines formes de représentation artistique d’hier pour écrire l’histoire aujourd’hui. De nos masques, de nos totems, pour dire cette violence d’aujourd’hui. » L’immigration n’est pas un acte de liberté, mais une obligation. Comme s’il fallait maintenant laisser le terrain à d’autres. « Nos sols sont pillés, notre mémoire est saccagée, et maintenant on chasse nos enfants de leur terre. Mais sans jamais les accueillir. Parce que les portes restent closes. « 


« Immigration » est un constat sans colère, limpide. Elle montre la terrible contradiction que ce drame alimente. Partir ou rester, victimes d’une terre sacrifiée, quelle que soit la décision. Dans la partie claire de son tableau, Christophe Sawadogo s’attache à représenter cette jeunesse. Elle est comme l’ancêtre, dans une représentation extérieure au monde qui l’entoure. Au-dessous, grimace la prédation, où le déchirement du trait tient lieu d’écriture. Ainsi les dessins, dans une verticalité retrouvée, relatent l’histoire. Verticale, c’est-à-dire debout.

Immigration. Encres et peinture sur papier, 0, 40 x 1, 40m (2021)
RC (ZO mag’)
Photo: DR, Christophe Sawadogo

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