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Nigeria / USA / Plasticienne / ruby onyinyechi amanze / LES CHOSES ONT CHANGE DE PLACE

Le déplacement est une substance qui traverse en permanence le travail de la plasticienne nigériane. Ce carburant lui est absolument nécessaire, comme la migration l’est pour un oiseau, un grand cétacé ou une navette spatiale. Le retour aux terres fermes ne l’intéresse pas vraiment. D’ailleurs on peut supposer que la destination en elle-même ne représente pas plus d’attrait. Par contre ce qui sépare les deux, à savoir l’espace.

« Cela ne m’intéresse pas de faire de l’art au sujet du lieu d’où je viens. Je suis de partout et de nulle part.« ruby onyinyechi amanze

Cela ne m’intéresse pas de faire de l’art au sujet du lieu d’où je viens. Je suis de partout et de nulle part.


Son récent travail sur les oiseaux et le thème des pigeons, ses représentations répétées du cosmonaute dans une douce dérive, ses figurations de la danse et du plongeon participent à cette appropriation (romantique) de la substance spatiale et de son énergie illimitée. « Je m’intéresse à l’espace pour son aspect malléable et sans limite. Comment tenir de l’espace entre mes mains, comment l’étirer ou le retourner, jouer avec la tension. Le lieu est bien moins fluide. C’est une notion figée, également très arbitraire et confinée dans sa constitution même. Mon travail ne vise pas à traiter d’une nation ou d’une géographie précises. Cela ne m’intéresse pas de faire de l’art au sujet du lieu d’où je viens. Je suis de partout et de nulle part. Et je me demande parfois pourquoi c’est seulement important…« , explique-t-elle au magazine Contemporary&.


Dans un environnement qui se réclame en permanence du lieu, de l’origine, voire même de la famille fondatrice, qui affiche la race comme l’argument irréfutable, qui agite le drapeau et claironne l’hymne national, ruby onyinyechi amanze rappelle aussi qu’au commencement de tout est le nomadisme. N’en déplaise aux bâtisseurs de remparts, citadelles et autres concepts d’amirauté.


RC (ZO mag’)
Photos: ruby onyinyechi amanze

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3 commentaires

  1. Victor Ernest Breleur dit

    J aime beaucoup cette réflexion sur la question du lieu d origine. K zi toujours pensé que l artiste est le lieu. Il est une totalité de lieu puisque il est croisement, carrefour. Cette posture offre une folle liberté au créateur.

    • Merci à vous.
      La pensée dominante est aujourd’hui à l’opposé: elle est ds l’appartenance. Je ne veux pas me prononcer, trop caricaturalement, mais c’est une forme de soumission et de situation arrêtée. Je suis ainsi et pas autrement, je veux qu’on me reconnaisse ainsi. Et de la même façon , on considère l’autre comme étranger à soi. Le mouvement n’est pas que liberté, il est précarité et de cette précarité, mise en abîme, une multitude de réflexions naissent.
      J’aime la chute, qui est… Icare en somme, de ce déplacement interdit, impossible, et dont l’artiste entretient la possibilité.

  2. Pierre Garel dit

    Je partage et revendique tout à fait son point de vue, et perçois bien comment elle peut vivre les choses artistiquement. Je pense cependant que cette déconnexion salutaire d’une appartenance, d’une soumission comme dit R. Calmé, a un lieu d’origine figé n’empêche pas, aussi nomades que nous soyons, une sensibilité au lieu où nous sommes, en cet instant, lieu si possible choisi – un climat, une atmosphère, des matériaux, des contraintes, des manières de communiquer sa démarche… dans le Sahel, rien qu’avec ma transpiration qui dégouline sur ma peinture, peinture qui va sécher immédiatement, je ne travaille pas comme je le ferais ailleurs !

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