Angola / Plasticienne / Ana Silva / CE MONDE LAISSE DE NOMBREUSES CHOSES DERRIERE LUI

Ana Silva est une femme silencieuse. Elle n’entasse pas les mots pour ne rien dire, elle se limite à l’essentiel. Et la vie qu’elle a connue n’y est pas étrangère. A l’une des questions qu’on lui pose souvent, d’où elle vient, comment s’expliquent ses choix de plasticienne, elle répond: « Il y avait la guerre ». Ana Silva vient de Luanda, en Angola. Elle a grandi dans cette grande difficulté, permanente, qui fait tout comme de l’urgence. Son art n’y échappe pas. Il repose sur la récupération. Des tissus, des « morceaux de », des dentelles chinées à droite et à gauche, des chaussures ramassées dans une rue, et ensuite elle assemble. C’est ici que commence l’ouvrage poétique et historique.

“ 𝘊𝘦𝘵 𝘢𝘴𝘱𝘦𝘤𝘵 𝘦𝘴𝘵 𝘪𝘯𝘥𝘪𝘴𝘴𝘰𝘤𝘪𝘢𝘣𝘭𝘦 𝘥𝘦 𝘮𝘰𝘯 𝘦𝘹𝘱𝘦́𝘳𝘪𝘦𝘯𝘤𝘦 𝘦𝘯 𝘈𝘯𝘨𝘰𝘭𝘢, 𝘢̀ 𝘶𝘯𝘦 𝘦́𝘱𝘰𝘲𝘶𝘦 𝘰𝘶̀ 𝘭𝘦 𝘮𝘢𝘵𝘦́𝘳𝘪𝘦𝘭 𝘢𝘳𝘵𝘪𝘴𝘵𝘪𝘲𝘶𝘦 𝘴’𝘦𝘴𝘵 𝘳𝘢𝘳𝘦́𝘧𝘪𝘦́, 𝘭𝘦 𝘳𝘦𝘯𝘥𝘢𝘯𝘵 𝘥𝘪𝘧𝘧𝘪𝘤𝘪𝘭𝘦 𝘥’𝘢𝘤𝘤𝘦̀𝘴. Il 𝘺 𝘢 𝘦𝘶 𝘭𝘢 𝘨𝘶𝘦𝘳𝘳𝘦 𝘤𝘰𝘭𝘰𝘯𝘪𝘢𝘭𝘦, 𝘱𝘶𝘪𝘴 𝘭𝘢 𝘨𝘶𝘦𝘳𝘳𝘦 𝘤𝘪𝘷𝘪𝘭𝘦… 𝘑’𝘦𝘹𝘱𝘳𝘪𝘮𝘢𝘪𝘴 𝘮𝘢 𝘤𝘳𝘦́𝘢𝘵𝘪𝘷𝘪𝘵𝘦́ 𝘦𝘯 𝘦𝘹𝘱𝘭𝘰𝘳𝘢𝘯𝘵 𝘤𝘦 𝘲𝘶𝘪 𝘦𝘹𝘪𝘴𝘵𝘢𝘪𝘵 𝘢𝘶𝘵𝘰𝘶𝘳 𝘥𝘦 𝘮𝘰𝘪. 𝘊’𝘦𝘴𝘵 𝘶𝘯𝘦 𝘦𝘹𝘱𝘦́𝘳𝘪𝘦𝘯𝘤𝘦 𝘲𝘶𝘪 𝘢 𝘦́𝘯𝘰𝘳𝘮𝘦́𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘪𝘯𝘧𝘭𝘶𝘦𝘯𝘤𝘦́ 𝘮𝘰𝘯 œ𝘶𝘷𝘳𝘦 𝘦𝘵 𝘮𝘢 𝘷𝘪𝘦.”, explique-t-elle en marge de cette présente exposition au MAM de Paris.

Diplômée de l’ArCo (Centro de Arte e Comunicação Visual), à Lisbonne, elle expose depuis les années 2000 en Europe autant qu’en Angola. Mais elle écrit également. Un grand nombre de poèmes expriment ainsi sa vision d’un monde, lequel a de sérieuses questions à se poser. L’œuvre de la plasticienne angolaise est d’ailleurs tout entier dans cette conscience de ce qui l’entoure. L’une de ses séries les plus importantes, « Agua » exposait ainsi la problématique de l’eau, et l’impact permanent sur le développement des populations.

« Il 𝘺 𝘢 𝘦𝘶 𝘭𝘢 𝘨𝘶𝘦𝘳𝘳𝘦 𝘤𝘰𝘭𝘰𝘯𝘪𝘢𝘭𝘦, 𝘱𝘶𝘪𝘴 𝘭𝘢 𝘨𝘶𝘦𝘳𝘳𝘦 𝘤𝘪𝘷𝘪𝘭𝘦… 𝘑’𝘦𝘹𝘱𝘳𝘪𝘮𝘢𝘪𝘴 𝘮𝘢 𝘤𝘳𝘦́𝘢𝘵𝘪𝘷𝘪𝘵𝘦́ 𝘦𝘯 𝘦𝘹𝘱𝘭𝘰𝘳𝘢𝘯𝘵 𝘤𝘦 𝘲𝘶𝘪 𝘦𝘹𝘪𝘴𝘵𝘢𝘪𝘵 𝘢𝘶𝘵𝘰𝘶𝘳 𝘥𝘦 𝘮𝘰𝘪. » Ana Silva

Des œuvres de conscience donc sur un monde inconscient, sans mémoire, qui oublie et qui s’éloigne.

Plus récemment « O Fardo » jette un éclairage sur la surconsommation du vêtement. Ana Silva associe ici les dentelles et les tissus, de façon très subtile, mais aussi la toile de jute qui sert aux sacs industriels. Ces vêtements que l’on envoie en Afrique « pour les nécessiteux », ces amoncellements de tissus, cette industrie capitaliste qui utilise l’enfant pour main-d’œuvre, qui ravage les sols, qui… Ce sont donc des œuvres de conscience donc sur un monde inconscient, sans mémoire, qui oublie et qui s’éloigne. Ana Silva ne s’éloigne pas, elle est au contact de cette vie ordinaire, réelle, et elle lui redonne une espérance de conscience.

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: © Ana Silva
Participe actuellement à « The Power of My Hands » (collective). Jusqu’au 30 mai, Musée d’Art Moderne de Paris.


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