Ghana / Installation / Serge Attukwei Clottey / UNE ROUTE D’OR SOUS LE SOLEIL BRÛLANT

« Desert X », biennale d’art contemporain installée dans la vallée de Coachella (Californie) réserve cette année une place centrale au plasticien ghanéen Serge Attukwei Clottey. Pour mémoire, Clottey travaille depuis une quinzaine d’années le recyclage artistique des bidons Kufuor. Ces contenants en plastique jaune ont été initialement importés avec de l’huile de cuisson. Les populations locales les ont ensuite réutilisés pour le transport de l’eau. Au début des années 2000, le pays a connu une grande période de sécheresse. Ils ont alors donné le nom de Kufuor à ces bidons, en référence au président alors en activité, John Agyekum Kufuor. Une manière sans doute de montrer à celui-ci la précarité dans laquelle ses concitoyens vivaient.

Il entend de cette façon dénoncer l’absence de droit de propriété des plus pauvres, et leur fragilité face aux spéculateurs.

A cette époque, Serge Attukwei Clottey a donc l’idée de découper ces récipients en plastique et de créer des œuvres monochromes qui évoquent le vécu de ses compatriotes. L’eau est indispensable et inaccessible. Il faut des heures pour se la procurer. Elle impacte cruellement la vie quotidienne et plus spécialement la scolarité des enfants. Et il le montre de cette façon.

« Au départ, explique-t-il, mes voisins ne comprenaient pas ma démarche car, pour eux, le gallon est d’abord un objet essentiel du quotidien. Mais c’est aussi pour cela qu’ils s’y sont finalement intéressés. »

La philosophie qu’il suggère est en effet très concrète. Elle parle des contraintes climatiques, de la débrouille toujours nécessaire, de la survie qui sont les seules issues face à l’indifférence du pouvoir et au profit que génère l’économie de marché. Mais ce ne sont pas que des mots et du plastique. Il entend depuis le début associer le plus possible la population à ses réalisations. « J’aime engager les autres dans le processus et j’expose toujours mon travail d’abord dans mon studio pour que les habitants de mon quartier y aient accès. Les artistes ont pour moi un rôle fort à jouer dans leur communauté.« , disait en 2017, au moment d’entamer son travail urbain, dans sa propre ville.

Au fil des années, l' »Afrogallonisme » du nom qu’il donne à ses performances et sculptures, a gagné en volume et en retentissement. En 2016, « Yellow brick road » a commencé de couvrir les rues de Labadi, sa ville. Avec la participation des gamins du quartier, Clottey a commencé de recouvrir les rues sous cette mosaïque jaune. Il entendait de cette façon dénoncer l’absence de droit de propriété des plus pauvres, et leur fragilité face aux spéculateurs. Le propos est toujours social. La « rue de briques jaunes » symbolise le difficile accès au bonheur, tel qu’il est mentionné dans le Magicien d’Oz, film de 1937. La route est longue, le soleil brûlant, et les hommes de pouvoir montrent peu de bonne volonté.

Sa dernière réalisation dans le désert californien s’inscrit dans la même volonté. Ces deux cubes de plastique d’une dizaine de mètres de côté, sont reliés par la passerelle jaune. On peut aller sans difficulté de l’un à l’autre. Mais il s’agit d’un rêve, comme dans le film, d’un rêve lointain et inaccessible, dans cette sécheresse permanente de la terre et de l’esprit.

Desert X 21, jusqu’au 16 mai 2021 dans la vallée de Coachella, États-Unis.
Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: DR,  artiste : Nii Odzenma


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