USA / Photographie / Dawoud Bey / DANS CETTE EGLISE DE BIRMIMGHAM (ALABAMA)

Au commencement de l’image. Une femme de 70 ans, assise sur un banc d’église. Dans la seconde photo, juste à côté, une fillette de 10 ans, dans le même lieu. Toutes les deux regardent dans notre direction. Ces deux clichés font partie de la série « The Birmingham project ». Dawoud Bey figure ici les victimes de l’attentat du KKK (Ku Klux Klan) perpétré le 15 septembre 1963, dans une église baptiste de l’Alabama. Addie Mae Collins, Carole Robertson, Cynthia Wesley et Denise McNair étaient les quatre victimes de cette bombe. Elles auraient eu soixante-dix ans en 2012 quand le photographe américain juxtapose les deux clichés. 1963. Le gouverneur de l’Alabama, George Wallace, est un farouche partisan de la Ségrégation. 

Depuis 1975, Dawoud Bey travaille sur cette question de l’histoire. Ses images sont dans la continuité de celles de Roy DeCarava, premier photographe noir à recevoir une bourse Guggenheim, pour documenter l’histoire de la communauté. En 1996, Roy disait à Dawoud Bey: » Il y avait ce grand trou.  Il n’y avait pas d’images noires de dignité, de belles personnes noires – alors j’ai essayé de le remplir. » 

C’est exactement ce que Dawoud Bey fait. Il remplit le vide d’images. Il reconstruit, brique par brique, l’histoire des vies, les petits déplacements du quotidien, les visages anonymes, un mec au coin d’une rue, un coiffeur, une femme qui fait les tresses de sa fille, une vieille femme qui n’a plus de dent. La rue américaine, la vie américaine que personne ne regarde… et les mains.   » Les mains sont très importantes. Elles font partie de notre vocabulaire expressif. Pour moi, elles sont l’une des choses qui font l’individu dans la « performance » qu’il donne de lui-même. » Des mains de travailleur, des mains de boutiquier, les mains d’une chouette « go », à Harlem, 1976.

« An American project » retrace donc le travail d’un demi-siècle, depuis la série Harlem (1976) jusqu’à la plus récente qui explore l’itinéraire américain d’un esclave évadé de la plantation par le chemin de fer. Ces images comme dans la série  « Portraits 1975-1995 » ne poursuivent qu’un seul but: « Je voulais trouver la communauté noire elle-même, je cherchais l’humanité. Ce sont des gens. Avant qu’ils ne soient noirs, ce sont des gens, et c’est ce qui m’inquiète!  » disait dans une interview le photographe, par ailleurs professeur émérite au Columbia college de Chicago. Pendant vingt ans, il a ainsi sillonné les Etats-Unis. Et rempli ce grand trou noir, comme disait Roy DeCavara

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: Dawoud Bey
An American project, du  17 avril au 3 octobre 2021, au Whitney Museum of American Art (New York).


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