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Bénin/ Plasticien / Roméo Mivekannin / A QUOI RESSEMBLE UN NOIR ?

Le nom a disparu, les traits distinctifs s’effacent, l’origine de la personne disparaît. Toutes les colonisations ont fonctionné de cette façon. Un jour, la langue et le nom de celui qui la parlait, ne figurent plus nulle part. En lieu et place, une nouvelle transmission s’impose. Le déni d’identité est la première pierre d’un édifice qui a pour nom l’oubli. Sur ce constat assez simple, Roméo Mivekannin poursuit un travail très complexe qui est celui de la recouvrance. Comment retrouver son propre visage dans cette galerie de personnages qui nous sont étrangers ? est-ce moi ou lui, dans ce personnage qui traverse la vie?

A la place assignée, illusoire et folle. Homme noir vu par société blanche.


Sa dernière exposition à Abidjan (Cécile Fakhoury), septembre dernier, prenait donc appui sur la figuration occidentale, pour mettre en lumière le délit de détournement. Un miroir que l’artiste béninois présente à l’histoire, en investissant des oeuvres classiques, comme la « Vente d’esclaves » de Jean-Léon Gérôme (1873) ou « Olympia » de Gustave Manet (1863). Et au milieu de ces scènes, comme acteur principal, homme et femme confondus, apparaissait son propre visage. Après tout, puisque nous n’avons plus d’identité réelle, nous sommes tous les mêmes, dans un personnage qui demeure à la place assignée, illusoire et folle. Homme noir vu par société blanche.

Le déni d’identité est la première pierre d’un édifice qui a pour nom l’oubli.

Ecrit d’une seule main, dans une seule langue, et sous une encre d’une unique couleur.

La nouvelle exposition que Cécile Fakhoury lui consacre s’intéresse aujourd’hui porte sur un sujet plus ciblé, à savoir l’utilisation en temps de guerre des troupes venues d’Afrique. « Hosties noires » (tiré d’un titre d’ouvrage (1948) de Senghor) se nourrissent des cartes postales et écrits des soldats de l’époque, dans une représentation apaisante que rien ne vient troubler. La joie du soldat noir est communicative. Il mène une existence heureuse auprès de ses femmes, de ses enfants et de ses animaux. Plus tard, il ira se battre en jetant de joie au ciel son calot. L’impression photographique sur drap, les bains multiples en coloris sépia, le format qui pourrait être celui d’un suaire, contribuent un peu plus à démontrer comment ce discours traverse les siècles, du 18ème à nos jours. Ecrit d’une seule main, dans une seule langue, et sous une encre d’une unique couleur.

RC (ZO mag’)
Hosties noires , Roméo Mivekannin, du 2 avril au 5 juin, galerie Cécile Fakhoury (Dakar)
https://cecilefakhoury.com/exhibitions/60/

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