Peinture
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Cameroun / Rostand Pokam, mon atelier… L’OMBRE ET LA LUMIERE

Il pose son ordi sur la table, il jette un oeil à la toile qu’il a travaillée la veille, il met de l’eau à chauffer. C’est un peu tous les matins la même chose. Rostand Pokam n’entoure pas l’acte créateur d’une mythologie particulière. « Je considère l’atelier… un peu comme mon bureau. Je quitte la maison, j’ai vingt minutes de scooter pour rejoindre Makepe, depuis le PK 12. » Il se gare, donne le bonjour au voisin boutiquier s’il le croise et il monte l’escalier. Ici, personne ne manifeste le moindre intérêt pour son travail. Un magasin de bureautique, « Chez Franky », une quincaillerie, deux bars, chacun chez soi. Il est huit heures du matin, la journée peut commencer.

Cette relation un peu casanière, Rostand ne l’a pas toujours eue. « Mon premier atelier, c’était à Yaoundé. On était en 2007, et je sortais tout juste de l’école de Mbalmayo. Evidemment, on était plein d’idées, on voulait faire les choses comme on l’entendait. Je pense que l’atelier était vraiment un endroit de liberté « , se souvient-il. Aujourd’hui, les choses sont différentes. Le studio est d’abord un lieu de fabrication, un endroit où l’organisation des choses est fonctionnelle. Sa réflexion reste tout entière dans le contact de la toile. Ce qui est autour n’a d’autre importance qu’utilitaire. Un lieu de fabrication, de rangement, de négociation. Et c’est tout.

Ce n’est pas un loft au-dessus de l’Hudson. La lumière n’entre pas de la même façon.

La lumière n’entre pas de la même façon.
Parfois, un visiteur passe. Il frappe à la porte, se penche vers l’intérieur. Il a vu des tableaux depuis le trottoir et demande si c’est bien là que l’artiste expose. « C’est une partie importante d’exposer et de vendre les autres choses que je fais. » La vie à Douala n’est pas vraiment celle d’un New-Yorkais qui loue un loft au-dessus de l’Hudson. La lumière n’entre pas de la même façon.

La lumière. Quand on connaît le travail de Rostand Pokam, on sait toute l’importance qu’elle revêt. Un marché dans la violence des contrastes, des flaques de lumière après la pluie, des visages indécis qui émergent de l’ombre… L’atelier est à l’opposé de ça. « C’est vrai que je regrette le manque de lumière naturelle. Le plus souvent possible, je sors ma toile et je peins sur la véranda. Sinon, la lumière est toujours allumée… » Et il fait avec.


Il sort son couteau, il coupe une tranche de pain. La peinture est une pure merveille. Tout est en elle.

La matinée passe ainsi. Des visiteurs, une tasse de thé, un autre disque de Blick Bassy, chopé sur Youtube. Sa dernière toile est un glissement progressif dans l’abstraction. Une foule, à l’heure de la sortie, dans le tumulte des lumières, des klaxons, les cris des marchandes de poissons. Il monte sur une chaise, cherche en hauteur un grand carton, où il a gardé des toiles plus anciennes qui retracent aussi l’histoire. Tout est rangé, tout est là, sous la main. Tiens il est déjà midi. Il tire de son sac une gamelle en plastique. « Ma femme me prépare ça la veille, comme ça je peux travailler un peu plus longtemps. » Pokam ne joue aucun rôle. Ses gestes sont ceux d’un ouvrier, le temps du midi, qui s’assoit à l’angle du chantier. Il sort son couteau, il coupe une tranche de pain. La peinture est une pure merveille. Tout est en elle.

Roger Calmé (Zo mag’)
Photos: R. Pokam
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