Burkina Faso / Sculpture / Moussa Sawadogo / DANS LE TEMPS QUI SE CROISE

Abou Sidibé, sculpteur burkinabé a une image qui dit la sculpture. Il parle d’une outre descendue dans un puits et qui remonte en même temps que l’eau… le pluriel des choses qui sont au fond. En parlant avec Moussa Sawadogo, c’est d’abord ce pluriel qui vient à l’esprit de la sculpture. La diversité des récits pour commencer. « J’ai grandi avec les histoires de l’Afrique. J’ai grandi en marchant à côté de mon père. Et je repense à ce qu’il me racontait. » Cette irremplaçable narration que nos routes croisent. « Ce sont des endroits différents. Et puis des temps différents. Comment la sculpture peut se trouver au milieu et évoquer tout ça ? »

Ensuite, il y a la croisée des matières et des époques. Le temps parce qu’on vient de si loin, d’un royaume où « nos statuettes disent le commencement. C’est Yennaga, les poteaux qui affirment l’autorité des chefs, les poupées qui donnent la fécondité. Le royaume Mossi est une source très importante. Je pense à traduire cette richesse. » La matière arrive à ce moment. Comme le crayon qui dessine, comme le mot qui dit, le bois raconte, la pierre pose, et le métal rend possible.

Dans cette volonté de dire, il faut enfin des mains qui vous guident. Si Ouagadougou tient cette fertilité des talents, elle le doit à ses ateliers, ses collectifs d’artistes. Celui de Moussa Pare et d’Olorun l’ont initié au travail du métal, Sougrinoma Dabigou aux connaissances du bois et plus récemment Bachir Hadji lui a appris les rudiments du granite. Au quartier Dapoya, les ateliers pratiquent depuis des siècles la cire perdue. L’artiste d’aujourd’hui passe immanquablement par ces ruelles. Rencontres.

« nos statuettes disent le commencement. C’est Yennaga, les poteaux qui affirment l’autorité des chefs, les poupées qui donnent la fécondité. Le royaume Mossi est une source très importante. Je pense à traduire cette richesse. »

La sculpture de Moussa est toute entière dans la conjugaison. En 2019, il était au BISO, première Biennale de sculpture de Ouaga. Les projecteurs étaient alors braqués sur une quinzaine d’artistes. Ils sont connus, ils sont la création au singulier, celle que l’Occident demain va s’arracher. Et puis il y avait les ruelles de Ouaga, sans les éclairages, que les médias ignorent. Le pluriel. Le socle qui dit la beauté du geste à venir.

Moussa Sawadogo présentait ses statuettes issues du royaume Moussi, sa modernité, le devenir d’un homme qui marche, dans l’association des éléments. Parmi ces œuvres, l’une retient en particulier l’attention. Elle est faite avec le noeka, le bois du balafon, elle inclut le fer à béton, elle évoque une reine sur le bord d’une route, qui surveille son troupeau. L’être est composite. La sculpture est à son image. Dans le pluriel des routes, dans le multiple du temps.

Roger Calmé (ABA mag’)
Photo : ©Moussa Sawadogo
Contact : Tél. : +226 74 66 68 85 (whatsapp)
Email : moussblack22@yahoo.fr


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