𝗠𝗼𝘇𝗮𝗺𝗯𝗶𝗾𝘂𝗲 / 𝗣𝗹𝗮𝘀𝘁𝗶𝗰𝗶𝗲𝗻 / 𝗗𝗮𝗿𝗶𝗼 𝗠𝗮𝗻𝗷𝗮𝘁𝗲 / 𝗕𝗜𝗘𝗡𝗩𝗘𝗡𝗨𝗘 𝗗𝗔𝗡𝗦 𝗟𝗘 𝗖𝗔𝗨𝗖𝗛𝗘𝗠𝗔𝗥

Les paysages de Dario Manjate baignent dans une lumière grise. Sur cette cité qui est la sienne, aucune raison d’allumer de grands soleils. La clarté vient des appareils électroménagers, des montres à quartz, moteurs hybrides, rouge à lèvres N°19. Nous roulons dans des automobiles de marques japonaises. Nos cigarettes sont mentholées et nous demandons à nos docteurs des capsules réparatrices dans des conditionnements orange. Conditionnement. Les collages de Dario Manjate en explore les grincements. Dans ce monde totalement recomposé, attendez-vous à ce que la réalité devienne une obsédante grimace. Et le pire est là. Ce n’est pas seulement l’environnement qui en est la victime, mais nous tous, nos visages, nos mains, nos regards, nos tristesses, nos joies… Cette fois, nous avons basculé. Bienvenue dans le cauchemar.

« cette idée d’un monde totalement submergé par l’objet« 


« De loin, ces portraits sont beaux cependant, explique-t-il. Mais en y regardant de plus près, le volume d’objets matériels commence à submerger, créant une atmosphère d’obsession et de cupidité. » Depuis 1993, à l’époque où il a débuté ses études d’art au Thusong Youth Centre d’Alexandra, son apprentissage des techniques aurait pu l’emmener à la peinture classique. Mais c’est le collage qu’il choisit «  parce qu’il offre à la fois de façon plastique et conceptuelle, la plus grande proximité avec cette idée d’un monde totalement submergé par l’objet. » Dario Manjate utilise donc les magazines, soigneusement découpés. Papiers glacés et glaçants, normalité hypnotique, recomposition d’une vie, passée sous l’effet narcotique des soldes, des ventes en gros, des réclames faramineuses. « 𝘐𝘮𝘱𝘰𝘴𝘴𝘪𝘣𝘭𝘦 𝘥𝘦 𝘳𝘢𝘵𝘦𝘳 𝘤̧𝘢, 𝘫𝘦 𝘯’𝘺 𝘴𝘶𝘳𝘷𝘪𝘷𝘳𝘢𝘪𝘴 𝘱𝘢𝘴 ! » ET cette lumière grise qui baigne la scène, cette lumière oxydée, blafarde, et terminale. Fin de série.

𝘚𝘪 𝘷𝘰𝘶𝘴 𝘳𝘦𝘨𝘢𝘳𝘥𝘦𝘻 𝘮𝘦𝘴 𝘤𝘰𝘭𝘭𝘢𝘨𝘦𝘴, 𝘤’𝘦𝘴𝘵 𝘷𝘰𝘵𝘳𝘦 𝘷𝘪𝘦 𝘲𝘶𝘦 𝘷𝘰𝘶𝘴 𝘳𝘦𝘨𝘢𝘳𝘥𝘦𝘻, 𝘦𝘵 𝘭𝘢 𝘥𝘦́𝘧𝘪𝘯𝘪𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘲𝘶𝘦 𝘷𝘰𝘶𝘴 𝘥𝘰𝘯𝘯𝘦𝘻 𝘥𝘦 𝘷𝘰𝘶𝘴-𝘮𝘦̂𝘮𝘦. 𝘝𝘰𝘪𝘭𝘢̀, 𝘤’𝘦𝘴𝘵 𝘢𝘶𝘴𝘴𝘪 𝘥𝘦 𝘤𝘦𝘵𝘵𝘦 𝘧𝘢𝘤̧𝘰𝘯 𝘲𝘶𝘦 𝘭𝘦𝘴 𝘢𝘶𝘵𝘳𝘦𝘴 𝘱𝘦𝘶𝘷𝘦𝘯𝘵 𝘷𝘰𝘶𝘴 𝘷𝘰𝘪𝘳. »


Dans l’une de ses interviews, l’artiste avoue sa volonté de porter juste un peu de lucidité : « L’humanité est construite à partir des objets mêmes qu’elle crée. Si vous regardez mes collages, c’est votre vie que vous regardez, et la définition que vous donnez de vous-mêmes. Voilà, c’est aussi de cette façon que les autres peuvent vous voir. » D’une manière vertigineuse, dramatiquement existentielle, entre le médium (magazine-vitrine) et le propos (que font-ils de nous?), il n’existe plus de décor extérieur et de paysage intérieur, aucun dehors et pas le moindre refuge. Nous ne sommes plus que des éléments manufacturés, composés comme tels, dans un Grand Objet qui fonce au travers de l’espace commercial.


RC (ZO mag’)
Photos : DR et © D. Manjate
Contact : https://dariomanjateart.wordpress.com/
Facebook : https://www.facebook.com/dario.manjateart


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