Ouganda / Peinture / Samson Ssenkaaba « Xenson » / LE DOIGT SUR LA GÂCHETTE

Parfois, au retour de la plantation, la femme cache sous ses bananes, un fusil d’assaut. Dans ce dialogue impossible qu’on lui impose, la vie réelle a besoin d’arguments calibrés. La kalachnikov et les fleurs oranges feront des papiers peints, dialectiques et poétiques ! Samson Ssenkaaba, artiste ougandais à têtes multiples, en est convaincu. Il faut manier avec sourire les matières explosives. Si le port du masque est obligatoire, la tendresse n’est nullement prohibée.

Depuis une quinzaine d’années, le peintre promène ainsi ces messages de résistance. Politique ? Evidemment. Et pour ce faire, dans un mélange constant des médiums. « Parfois, un poème peut transmettre une émotion plus forte et plus rapide qu’un tableau ou un concept de mode. Parfois, ils se chevauchent pour former une synergie. Une vidéo peut devenir une formation de musique, de poésie, de mode et de peinture. Il n’y a pas de distinction reconnaissable dans mon expression », expliquait-il dans un article d’East African, en juillet dernier. Ses derniers tableaux, présentés par l’Akka Project de Dubaï, s’inscrivent dans ce discours. On y parle de migration, d’éducation, de la nécessité agricole et des emballages de couleurs, plastiques et hautement volatiles.

A défaut d’actionner la kalachnikov, il garde donc ses tubes armés. Rouge vermillon, vert prairie, marguerites explosives !

Si l’exposition est collective, limitant donc le nombre d’œuvres présentées, celles-ci restent toujours percutantes. Le travail de récupération, notamment, se révèle subtil. Les contenants (canettes d’alu) ont été traités comme de la matière picturale à part entière. Les fonds peints sont également très travaillés. Rien n’est systématique, ce qui confère au tableau sa charge maximale. Xenson ne fonctionne pas sur une recette esthétique, mais donne à chaque image son fluide particulier. Il peut s’agir d’un sentiment de révolte, que l’on devine sous ce fichu masque, dans la brillance des yeux, ou d’une empathie souriante et d’une complicité possible. Parfois Xenson invite même à jouer au basket. Guérilla urbaine, tendance possible hip-hop.

Indissociable de son discours sociétal, le travail de Samson Ssenkaaba propose donc à celle et celui qui le regardent qu’une seule alternative. Le sommeil ou l’action. « Je pense que la plupart des arts sont inconscients des problèmes de politique sociale en Ouganda et en Afrique plus généralement. Cela indique un état de peur ou d’étouffement perçu de la liberté d’expression, » dénonce-t-il ouvertement.  A défaut d’actionner la kalachnikov, il garde donc ses tubes armés. Rouge vermillon, vert prairie, marguerites explosives !

Xenson fait partie de l’exposition « Focus on Ouganda », avec Ronex Ahimbisibwe et Pamela Enyonu. Jusqu’au 10 mars. Akka Project Dubai / Al Quoz 1.
Catalogue online : https://akkaproject.com/
Roger Calmé (ZO Mag’)
Photos : DR et AKKA Project


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