Ghana / Photographie / Felicia Abban / L’HISTOIRE RACONTÉE

Sans doute, s’agit-il d’une mise en scène. La réalité est parfois une narration d’elle-même. C’est l’histoire d’une histoire vue dans un miroir. Pendant plus de 60 ans, Felicia Abban, photographe, tend un miroir à la société ghanéenne. Son studio du centre de Jamestown, voit passer toutes sortes d’habitants. Ils célèbrent un mariage, ils enterrent un mort, ils veulent que les choses soient le mieux possible. Un politique pousse aussi la porte. Il a un meeting important le week-end prochain. Sous son meilleur profil, n’est-ce pas? A la manière d’un plateau, pour un shooting de mode, Felicia Abban règle ses éclairages et pose son appareil, déclencheur armé.

On sait qu’elle a appris le métier avec son père. Celui-ci tenait un studio, dans les années trente, à Sekondi-Takoradi, dans la partie occidentale du pays. A quatorze ans déjà, elle est son assistante, et quatre ans plus tard, elle ouvre sa première boutique de photographe à Accra. Un peu plus tard, quand elle s’installe au centre ville, elle sera la voisine de James Barnor et de son fameux « Ever Young Studio ». C’est également à cette même époque qu’elle commence à produire des images pour le Parti populaire du président Kwame Nkrumah.

Ils célèbrent un mariage, ils enterrent un mort, ils veulent que les choses soient le mieux possible.

Au contraire d’autres photographes, à commencer par Barnor lui-même, les clichés de Felicia Abban n’ont pas pour fonction d’enregistrer une réalité, la plus exacte qui soit, mais de raconter l’histoire qui va avec. C’est particulièrement vrai pour ses photos d’extérieur où les images relèvent d’une théâtralité évidente. Les personnages sont posés à des endroits soigneusement déterminés, l’enfant a une mimique qui correspond précisément à l’effet souhaité. En fait, Felicia adopte les techniques des magazines et recompose ainsi un monde qui était celui d’Accra, à son époque, dans cette même rue, au coin de cette vie. Ça ressemblait à ça, dit-elle, dans chacune de ses images, subtilement aménagées. La réalité est parfois une narration d’elle-même. A l’image de ces autoportraits qu’elle faisait d’elle-même. Habitante d’Accra, dans les années soixante, en vêtements du dimanche. Clic-clac!

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos : DR et by courtesy Felicia Abban Estate
https://contemporaryand.com/magazines/felicia-abban-behind-the-scenes/


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