Togo / Kossi Homawoo / L’INSENSÉE LUMIÈRE AVANT L’ORAGE

C’est comme ça, c’est la vie. Il arrive que la lumière ne tombe pas de la bonne façon. A l’intérieur de la maison, on bute contre les objets, on se cogne aux murs. Kossi Homawoo en sait quelque chose. En 2006, il fabrique de belles lampes, remplies de clarté, des chaises qui invitent au repos tranquille. « Et puis les choses n’allaient plus. C’est à ce moment-là que je me suis mis à peindre. Le dessin, j’avais ça en moi depuis tout petit, mais je n’osais pas. En 2006, je vais oser. » Il le dira plus tard, « c’était comme de la liberté » qu’il prenait dans ses mains et dans ses pinceaux. Une liberté sombre, d’acrylique noire et d’encre poulpe, parce qu’il fallait le dire et que la couleur reviendrait après.

Kossi Homawoo habite la région toulousaine qui n’est pas une région sombre, et même c’est tout le contraire. Son atelier est au grenier, assez près de la lumière, dont il fait depuis toujours sa copine de travail. C’est ainsi qu’il fonctionne avec ses lampes et ses tableaux lumineux, puisqu’il est aussi designer. « Je n’ai jamais vu une différence profonde entre ces deux métiers. Il s’agit de sortir quelque chose, non ? Mais il y a quand même quelque chose. Quand tu entres dans une pièce, l’objet que tu as conçu met de la beauté. Une lampe, tu l’allumes, et c’est beau. Avec la peinture, je n’avais pas besoin de faire quelque chose de beau. Je peux laisser venir les choses, telles qu’elles sont. La peinture, ça m’a appris à être libre. »

« Le masque cache, il dérobe, il offre une autre image. Ce qui m’intéresse, c’est de voir derrière, la vérité du personnage, son sentiment réel. » Kossi Homawoo

La liberté de dire que ça ne va pas, et quand les choses s’arrangent de peindre des visages remplis d’émotions extrêmes. La peinture de Kossi n’est jamais tempérée, elle ignore la tiédeur. L’influence du fauvisme est presque permanente, et le choix des destins aussi. Souvent, Kossi fait référence aux portraits de Van Dongen, à cette sublime bourgeoise de Matisse, sous un chapeau violet, peinture anarchiste, regards du désir, de la colère, lunatiques parfois, dans une explosion que l’on devine. Le peintre toulousain montre un viage de Derain. Le choix du portrait n’et pa gratuit. « Je suis Africain, et nous sommes habitués au masque. Il cache, il dérobe, il offre une autre image. Ce qui m’intéresse, c’est de voir derrière, la vérité du personnage, son sentiment réel. »

En 2006, alors qu’il débute ce voyage, Kossi fait également une rencontre qui participe à son actuelle liberté. « L’idée de l’atelier, explique-t-il, m’embêtait. Le fait d’être tributaire d’un endroit ne me convenait pas. J’ai découvert à ce moment là, que je pouvais utiliser un téléphone, avec une application et un crayon pour l’écran. Je l’appelle « LG501 ». J’ai peut-être réalisé plus de dix mille dessins comme ça. Dans les soirées, je m’isolais et je dessinais. » Il procède de la même manière aujourd’hui. Des croquis, hyper-aboutis, où la couleur prend déjà sa place, où le mouvement lui vient avec une formidable facilité… et qu’il reproduira ensuite sur le papier. Il sourit. « C’est idiot, mais j’ai toujours rêvé de dessiner, et là je le pouvais, et je rattrapais une partie du temps. »

Dans ses dernières œuvres, Kossi continue d’explorer ces visages, souvent dramatiques, qu’il voit et qu’il imagine, à l’image de Frida Kahlo qui continue de l’accompagner, ou encore d’Aldebayde, venue le rejoindre. Le rouge est encore là, dans cette constance passionnelle, et une femme assise sur un canapé. Sur son regard, la toile se concentre. Des yeux ourlés de noir, qui disent la lassitude, l’ennui peut-être et certainement une grande solitude. A cinquante-quatre ans, Kossi associe avec une maîtrise assez sidérante les personnages occidentaux et la violence silencieuse, quasi mystique de certains masques rituels. C’est un croisement de route, Frida Kahlo est venue en Afrique, partager la lumière insensée qui précède l’orage.

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos : Chako Homawoo
Info et vente : https://bobotoimeme.com/

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