Photographie et numérique
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Afrique du sud / Photographie / Ernest Levi Tsoloane Cole / LA MAISON DE LA TORTURE

Ce qui a été écrit sur lui est presque toujours d’une glaciale objectivité. L’existence d’Ernest Cole, né en 1940 dans le Transvaal, est dépeinte comme celle d’un enfant noir, qui découvre à 8 ans la photographie, en même temps que la ségrégation. Sa vie entière est inscrite dans ces deux mots. Dès 1957, plusieurs magazines l’ont employé, et on le considère de ce fait comme le premier photographe free-lance d’Afrique du sud. Ses clichés traitent exclusivement du quotidien des Africains noirs sous le régime de l’apartheid, puis des descendants afro-américains dans l’Amérique des années 70. Une peinture sans artifice, au plus près de la réalité, politique, sombre et amère.

Lorsqu’il émigre aux États-Unis en 1966, Cole découvre que la situation est aussi cruelle aux États-Unis que sous le régime de Pretoria. Dans un même temps, ses photographies retiennent l’attention. L’agence Magnum lui fait signer un contrat, et un livre « House of bondage » est publié. En préface, le photographe écrit: « Trois cents ans de suprématie blanche en Afrique du Sud nous ont placés dans l’esclavage, nous ont dépouillés de notre dignité, nous ont volé notre estime de soi et nous ont entourés de haine. » L’ouvrage sera interdit en Afrique du sud. Et lui également !

Les années qui suivent multiplient les combats. La société US est en plein chaos. La répression des mouvements antiracistes, les assassinats politiques, les manifestations durement réprimées, la misère abyssale de la population noire, le marquent profondément. Un moment, il entretient des liens avec la Suède, commence une carrière au cinéma, avant de regagner New-York et de sombrer dans la dépression. Décédé en 1990, il semble alors que l’ensemble de son travail ait disparu. En 2017, plus de 60 000 négatifs seront retrouvés à Stockholm, dans un coffre de banque. Ils couvrent de façon magistrale ces épisodes de l’histoire africaine et américaine.

Dans « House of bondage » que l’on peut traduire par la « maison de la torture », Ernest Cole constate : « La cruauté de la situation ne vient pas du fait que tous les noirs sont vertueux et tous les blancs hostiles, mais que les blancs sont conditionnés à ne rien voir de mal dans les injustices qu’ils imposent à leurs voisins noirs. » Sa photographie est là, sur des milliers d’images. Des bus interdits d’accès, des travailleurs de la mine, des éboueurs qui courent après la benne, la misère d’une baraque de planches, d’un gamin abandonné dans la poussière du charbon, un vieil homme sur un lit qui regarde un mur. A 49 ans, dans un taudis de New-York, Cole disparaissait emporté par le cancer et le dégoût.

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos : DR

4 commentaires

  1. En lisant votre article très intéressant sur le parcours de monsieur Cole, et j’ai envie d’en savoir beaucoup plus maintenant, merci, j’ai en écho les écrits de monsieur F. Fanon, très bonne journée

  2. Merci à vous Simone. C’est vraiment le type de trajectoire… assez désespérante, de courage, d’une possible écoute et d’un naufrage. Humainement, c’est assez désespérant et en même temps, c’est une vie de combat et de concernement depuis son enfance.

  3. Impressionnant !!!! Bouleversant… merci Roger
    Ta plume redonne une place trop méconnue à cet artiste et à sa vie

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