Sénégal / Peinture / Cheikh Ndiaye / ARCHEOLOGIES

On se souvient qu’il y avait un cinéma ici, qu’un garagiste tenait son atelier. Et une femme aussi qui vendait des vêtements de seconde main. Au bout de la rue, la mer faisait comme un terrain vague. D’autres choses ont pris la place. La ville est comme ça. Elle bouge sans arrêt, elle déborde du cadre et se pose un peu loin. En marchant dans les rues de Cheikh Ndiaye, cette impression est la première : « J’ai connu cet endroit, à l’époque… ».

Parfois, la rue est une sorte d’enquête biographique. On y cherche des souvenirs, comme dans ces romans, la nuit, qui remontent des boulevards, des escaliers éteints, longent un canal. En 2018, Cécile Fakhoury l’avait déjà suivi dans une première participation au Partcours dakarois.L’exposition s’appelait « Vox Ouezzin », du nom d’un cinéma de Dakar, aujourd’hui fermé. Et c’est avec la même conviction que la galerie le retrouve encore au salon 1.54 de Paris.

Des villes en construction, en démolition, en sursis, des cités déplacées, réduites au silence, à la poussière, de grands corps en recomposition qui ne cessent de se réinventer.

Façades cinématographiques, ateliers de mécanicien ou de couturier, au premier étage de cette rue africaine… A quelques mètres de ces grandes toiles, proximité du regard, Francois-Xavier Gbré montre ses derniers clichés. Tous les deux ont un même vocabulaire. Des villes en construction, en démolition, en sursis, des cités déplacées, réduites au silence, à la poussière, de grands corps en recomposition qui ne cessent de se réinventer.

Sur l’une des toiles, qui s’appelle « Tableau Ferraille », Ndiaye s’attarde à l’invisible. Sans doute une arrière-cour, l’envers de la rue, dans l’attente de la pelleteuse. Que reste-t-il ? Une porte démontée, un bloc-moteur, une façade de parpaing à demi défoncée et sur le toit, une antenne bidouillée… Cette ville que personne ne voit, qui n’a pas de nom, pas de numéro, et dont personne ou presque ne se souviendra. Juste le peintre, avant que la lumière s’éteigne et que le film aille plus loin.

Roger Calmé (ZO mag’)
Photo : © C. Ndiaye
https://www.facebook.com/galeriececilefakhoury


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