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Mozambique / Plasticien / Nuno Silas / CETTE IMAGE PLUTÔT QU’UNE AUTRE

A regarder les images de Nuno Silas, il est possible que vous ressentiez un sentiment d’étouffement. Il y a dans ses superpositions, une asphyxie latente qui n’est pas due au hasard. Comme il le dit lui même : « je travaille sur des impulsions intérieures: ré-photographier, pixeliser mon image, puis superposer et associer cette représentation complexe au sentiment de désir, dans un corps asphyxié, confronté à la violence et parfois à la puissance spirituelle qui s’exerce à l’intérieur. » Immanquablement, il arrive un moment où l’air vient à manquer, dans ce tourbillon de souffrance et de délivrance simultanées.

Stop, rewind et retour au textes de Achille Mbembe (Critique de la raison noire), auquel le plasticien se réfère volontiers. Le philosophe réfléchit le corps et celui qui l’habite comme un terrain d’enjeux multiples. « Le corps noir est lié à une géographie spécifique et à des éléments associés à la condition raciale – étrangeté, infériorité et «primitivisme». » Traduit en clair, nous sommes dans le vacarme de nos vies, inévitablement reliés à des images de violence, de frustration et d’incertitude. L’artiste travaille donc sur ce que cette réalité lui suggère esthétiquement. Une représentation (par la création d’images et d’installations) de l’étouffement, du doute, de la colère rendue muette.

Le projet qu’il vient de présenter avec cinq autres artistes dans « Dissident planets », mis en place virtuellement par Catchupa Family (Family Matters), est une réflexion sur la reconstruction possible. Là encore, il s’agit du sens que l’image de soi aura, selon des codes différents, hors de la représentation habituelle. Dans le projet de Nuno Silas, débuté en 2019, l’autoportrait est un élément constituant, ajouté au lieu provisoire (ou originel), à la mobilité et au sentiment diasporique, né du déplacement. Et sur base de cette complexité, Nino Silas propose d’autres figurations.

…nous sommes dans le vacarme de nos vies, inévitablement reliés à des images de violence, de frustration et d’incertitude.

« Ces autoportraits montrent une reconstruction, pas seulement une représentation de moi-même. Faire un autoportrait pour moi, c’est se présenter « hors du temps », en se recomposant, au lieu de proposer une simple description de soi-même. Donc je pense que ces images sont hors de notre temps, du moins tels que nous apparaissons dans cette époque », explique-t-il. En somme une liberté (imaginaire), une réalité-hypothèse qui propose ainsi une alternative à l’image présente. Et pourquoi pas de suggérer que la réalité n’est tout au plus qu’une persistance rétinienne (histoire), une illusion (images coloniales), et que la reconstruction a tout autant de réalité.

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos : DR et © Nuno Silas

2 commentaires

  1. Il paraît si jeune et semble avoir tant compris, mais que faut-il comprendre ? de cette phrase-là …nous sommes dans le vacarme de nos vies, inévitablement reliés à des images de violence, de frustration et d’incertitude. il y a une piste de réflexion, intense, et ses photos sont percutantes, merci, très bonne journée

  2. Ce qu’il veut dire c’est que la représentation du corps noir est liée à la violence ou à l’incompréhension, ou à l’étrangeté. Le vacarme, c’est d’être d’une certaine façon, dans ces désordres, des rôles, des attitudes qui se percutent, et dans lesquels il ne se reconnaît pas.
    Il en a marre!

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