Peinture
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Caraïbes / Mon atelier… / Florence Poirier-Nkpa / QUE MA VIE SE RÊVE ET SE CONSTRUIT

« Je ne pourrais jamais me passer de lui. » Un instant, on pourrait penser qu’il s’agit d’une personne. Le lien et le sentiment sont là, sans la moindre ambiguïté. Mais c’est d’un lieu que Florence Poirier-Nkpa parle . Un endroit indispensable, qu’elle fréquente chaque jour et sans lequel elle serait totalement démunie. Orpheline de ses mains, de sa volonté, de la paix nécessaire, de l’enthousiasme qui habitent ses murs. Privée de son atelier, Florence ne peut l’imaginer un instant. C’est ici, pour partie, que sa vie se rêve et se construit.

Établie à Saint-Martin (Antilles), la plasticienne en a connu trois ces onze dernières années. « En 2017, j’avais installé au fond de mon jardin une case en bois. On était en août et le cyclone Irma commençait à souffler sur les îles. Ça n’a duré que quelques secondes. Comme si une main arrachait une herbe, les planches ont volé en l’air et il n’est rien resté. J’ai trouvé ensuite un local, sans eau et sans électricité, mais où je travaillais avec enthousiasme et bonheur. J’avais un endroit pour faire mon travail. »

 » Cette création m’est totalement indispensable. Je veux dire physiquement. La vie est inenvisageable, si je la prive de ce travail.« 

Quand elle parle de ce travail plasticien, au-delà de la recherche graphique et de la démarche elle-même, Florence note la grande urgence que cette quête revêt. « Je ne suis pas une artiste qui vit dans la précarité, matérielle ou affective. J’ai un mari, des enfants, une vie agréable… Mais cette création m’est totalement indispensable. Je veux dire physiquement. La vie est inenvisageable, si je la prive de ce travail. D’une certaine façon, oui, c’est un peu thérapeutique. J’ai déménagé dans celui où je suis actuellement (le 3ème), en janvier 2019. Une fois déposés les enfants à l’école, j’y viens quasiment tous les matins. C’est une nécessité. » Le bâtiment se trouve dans une petite résidence, à Concordia, non loin de Marigot, centre ville de Saint-Martin. « Point GPS : 3W8C+5W », sourit-elle. Un espace essentiel, traversé de multiples émotions : créatrices, solitaires et sociales, de papiers griffonnés , de cendriers parfois et d’une assiette qui traîne, de cartons, de rouleaux, d’une presse dans l’attente patiente d’une gravure… et d’elle-même qui cherche et qui trouve.

« J’y suis un peu comme dans une sphère remplie et entourés des objets qui construisent ce que je suis entant qu’individu et artiste. » Florence Poirier-Nkpa

« Il y a beaucoup de choses, donc c’est un lieu ordonné, mais jamais strictement ; propre, mais pas brillant, calme, avec de la musique ou la radio. J’invite peu de personnes, mais celles qui le veulent sont les bienvenues. Des enfants parfois, intéressés par le dessin suivent des animations », énumère-t-elle, sans oublier que c’est aussi, et d’abord, un lieu de création numérique, de gravure et d’impression. Et comme les gens peuvent visiter, il arrive que Florence expose ici ses derniers travaux.

Tiens, aujourd’hui, les premiers aboutissements d’une série sur les Adinkra, des symboles visuels, créés par les Akans du Ghana et les Baoulés. Papiers roulés, papiers ouverts, regards attentifs, sentiment de paix. Hier des amis sont passés. On a mis des chaises, on a même mangé un morceau et fumé des cigarettes. Florence adore l’odeur douce du tabac, même elle ne fume pas. On est entre copains. L’atelier apprécie aussi ces instants qui participent à un équilibre. Il n’est pas un endroit encombré de cris ou une convulsion de l’âme.

« J’y suis un peu comme dans une sphère remplie et entourés des objets qui construisent ce que je suis entant qu’individu et artiste. C’est un lieu qui m’est indispensable, parce que… » Elle hésite un court instant. « C’est là que je me dessine. Un peu. »

Roger Calmé (ZO mag’)
Contact : headmadefactory@gmail.com
http://www.florencepoiriernkpa.com
Instagram : p.nkpbbb

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