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Nigeria / Wole Lagunju / Un tableau…« LA NOIRE » ET LA COULEUR

Beaucoup de raisons sans doute à cette vague nostalgique des années 60. Industries à bloc, consommation florissante, mouvements alternatifs au beau fixe : L’Occident se paye du bon temps. Dans un même temps, les Indépendances pointent le museau et que leurs leaders ne s’habillent pas tous chez l’oncle Sam. Dans son travail, Wole Lagunju le résume ainsi : « Une époque qui voit la naissance du mouvement des droits civiques afro-américains, l’âge de la contre-culture, la montée du féminisme et le mouvement du « flower power ». J’ai choisi de célébrer la féminité à ce moment historique de libération, de décolonisation et d’indépendance africaine ». Sa série « Black Girl », dépasse donc de loin l’évocation vintage.

« La série s’intitule « Black Girl » également en hommage au film d’Ousmane Sembène, « la Noire ». L’histoire d’une Africaine qui a trouvé un emploi sur la Côte d’Azur au service d’un jeune couple très riche et très indifférent », poursuit-il. Et c’est là que la peinture commence à prendre son épaisseur, dans le voisinage quotidien des cultures .

Lagunju cultive depuis longtemps cette proximité. Ce qui l’intéresse ici, c’est d’observer la notion de beauté et d’élégance traditionnelles dans leur confrontation à la modernité. « J’ai voulu juxtaposer l’imagerie occidentale classique à l’art traditionnel pour explorer les notions de féminité, de féminité, de sexualité et de couleurs. » Ses personnages pourraient sortir de Vogue ou du Harper’s. Ils sont habillés de collages floraux, mosaïques lumineuses et volatiles, posés sur la figure hiératique de l’oju ona qui régit le design yoruba. On s’aperçoit alors que, dans la modernité, les codes sont proches. Une distance s’établit en permanence, et qui rend le modèle tellement lointain.

Africaine ou Européenne, quelles solitudes, la beauté nourrit-elle ?

La distance. Wole Lagunju l’évoque indirectement. Dans « la Noire » de Sembène, elle était permanente, jusqu’à ce que la mort la confirme définitivement. De cette distance, de cette infinie solitude, la jeune Africaine ne réchappe pas. Elle s’ouvre les veines dans une baignoire.

L’appartement est blanc, d’un luxe absolu, les robes sont très belles, les meubles d’un design irréprochable. La beauté établit le rang, le rôle, elle confirme l’appartenance, mais c’est la distance qui cimente les blocs. Personne n’en joue comme il veut. Dans sa série « Black Girl », Lagunju l’établit définitivement et le spectateur de réfléchir l’importance qu’elle peut jouer dans « notre » modernité. Africaine ou Européenne, quelles solitudes, la beauté nourrit-elle ?

Black Girl IV, huile sur toile, 1, 60 x 1, 14 m, 2020.
Roger Calmé (ZO Mag’ )
Photo : ©W. Lagunju

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