Burkina Faso / Plasticien / Hyacinthe Ouattara / FRAGMENTS

Ce ne sont pas des choses que l’on raconte, tant il est impossible d’imaginer un lieu semblable. Un endroit qui n’aurait pas de commencement et pas de fin, qui serait à l’intérieur de lui-même et à l’extérieur aussi. Certains disent qu’il s’agit d’une forêt. Et ce nom lui convient bien, par les formes qui le composent. Les arbres sont immenses et leur ombre considérable. Les lianes descendent du ciel, elles sont de couleurs diverses, aussi variées que des fleurs, des lianes rouges comme des lèvres, jaunes solaires, des lianes qui permettent de tendre les voiles du feuillage. Oui, le mot de forêt convient à cet étonnant navire de feuilles, d’humus, décomposé et recomposé, et sur lequel brillent une lune et deux soleils.

A certains endroits de la terre, il est possible qu’il porte un autre nom. Sous certaines latitudes, les hommes lui ont donné le nom de Grands pâturages et le parcourent sur d’étonnants petits chevaux. Ailleurs, c’est une montagne de glace, une forteresse imprenable contre laquelle on pousse des échelles. Il est inutile bien sûr d’espérer en atteindre le sommet. Tout comme il est impossible d’atteindre le bout de la forêt. Qu’elle soit en pierre, en ciel, qu’elle se compose de bois et de feuilles, la Forêt est un organisme infini. D’après ce que disent certaines personnes, nous sommes la forêt.

Il n’existe donc aucune carte qui en délimite le pourtour et les accès intérieurs. La Forêt n’appartient pas entièrement à notre temps. Les langues qu’on y pratique n’ont pas de lexique, les dictionnaires en vigueur n’existent pas ou ils changent d’orthographe et de lettres selon les saisons. Parfois, vous entrez en elle… et vous n’en ressortez plus. A d’autres moments, elle vient la nuit, jusqu’au pied de votre lit, semblable aux vagues de la mer. Des gens en sortent. Des conversations se créent. Et quand le jour revient, les silhouettes s’éparpillent et s’enfouissent dans la terre, dans les murs mêmes, elles se glissent. Il est tout à fait possible que votre maison soit aussi dans la forêt.

Depuis début 2020, Hyacinthe Ouattara propose dans son travail une découverte de l’endroit. La Forêt qu’il a dessinée, qu’il nouée et tressée, cette merveilleuse couverture de bruits et de rêves, s’appelle « Organic Mood ». Il s’agit à la fois d’un récit et d’une œuvre plasticienne, d’une histoire à se raconter la nuit et d’une construction où l’on se promène le jour. L’artiste ne la rend pas plus complexe qu’elle n’est, mais comme il s’agit d’une matière plurielle et vivante, il arrive aussi qu’elle fasse des rejets. En somme, « Organic Mood » évolue à la manière d’un rhizome. Les « Fragments » que suggère aujourd’hui Hyacinthe sont l’extrémité ventriculaire gauche de la Forêt.

En nouant ainsi les fibres de l’histoire, en remontant au temps de sa propre enfance et au village de Diedougou, l’artiste recompose l’immense tableau qui nous voit naître, parcourir la savane (ou un autre lieu), rejoindre nos Anciens et jouer aux dames avec eux. C’est un formidable voyage, que les chamanes et les enfants pratiquent au quotidien. Ces « Fragments » en font partie et peuvent très bien servir de véhicule pour y conduire.

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos : ©Hyacinthe Ouattara
Tél. : +33 7 68 43 99 79
Artiste : hyacintheouattara@yahoo.fr
et https://www.facebook.com/hyacinthe.ouattara

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