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Design / France-Togo / Kossi Homawoo / A METTRE EN LUMIÈRE

« Je pense que c’est important d’entrer dans une pièce et d’allumer une lumière, et que cette lumière soit d’une beauté qui chaque fois t’émerveille. C’est pour ça que je fais du luminaire. » L’explication de Kossi Homawoo est toute simple. Elle fonctionne par pulsation, comme un interrupteur de sentiment. En fait, tout a commencé en 1998. Il se souvient être venu au centre Beaubourg (Paris) pour l’Atelier Brancusi. Devant lui, sont installées les colonnes. Le sculpteur roumain a conçu la première dans les années 30, à la mémoire des jeunes Roumains morts à la guerre. Kossi ne parvient pas à s’en détacher. « Et si on allumait ça ? L’idée m’est venue là, sur ce parvis. Simplement de les éclairer… de l’intérieur. » Ainsi naîtra cette même année « Émilie », le premier luminaire, en papier « lokta », des trapèzes lumineux, tendus sur une structure en métal. Elle fait 1m, 90 de haut et elle retient tous les regards. Mensurations parfaites, géométries tendues et passionnées. Tout est lumière, transparence et intensité permanente de la couleur.

«  Je ne crois pas trop dans les définitions de l’artiste. Je pense que l’on fasse des objets, des peintures, qu’on sculpte ou qu’on fasse des lampes, c’est la même chose qu’on doit sortir ». Kossi Homawoo

Cette histoire de la clarté ne vient pas tout à fait par hasard. Kossi a grandi au Togo et se souvient d’une scène. Sa mère est à la maison, un marabout passe avec l’enfant, demander de quoi manger « Elle me dit de prendre de sous dans son porte-monnaie, cinquante francs. Et l’homme la remercie puis il ajoute : « ton enfant sera bénit, il sera comme le soleil ». Je me suis toujours souvenu de cette phrase. Et de la lumière. Je pense qu’elle est en permanence dans ce que je fais, elle est à l’intérieur de moi. »

Le succès d’ « Émilie » a été considérable et il le doit aussi à cette collaboration de plusieurs années avec Charlotte Conrad, peintre américaine. « Au départ, elle était assez réticente à l’idée de l’objet dérivé. Et puis j’ai travaillé sur ses dessins. Les gens accrochaient vraiment. Les tableaux attendaient quatre à cinq mois pour partir et les appliques s’en allaient du jour au lendemain. » Pour situer l’impact, le BHV l’intègre dans ses collections. Ces luminaires, collections « Waiting for b » et « Hidden behind a flower », se vendent jusqu’aux États-Unis.

Bien sûr, l’histoire n’est pas linéaire. Il y a des moments où la lumière s’éteint et d’autres où elle se rallume. Le succès, la nécessité de s’agrandir, des associations qui n’ont pas fonctionné, la fabrication en Afrique qui aurait dû être plus performante… Kossi explique et remet l’interrupteur en marche. « Je ne crois pas trop dans les définitions de l’artiste. Je pense que l’on fasse des objets, des peintures, qu’on sculpte ou qu’on fasse des lampes, c’est la même chose qu’on doit sortir. De moi, je dirai que je suis un « arteur », je sculpte la lumière. » Charlotte s’est éloignée, un moment Kossi travaille avec Olga Yaméogo, la peintre burkinabé. Elle aussi travaille dans la lumière, aux heures indécises. Puis, il se décide enfin à ouvrir les tubes, sur ses propres dessins.

Depuis 2002 et ses poupées vaudous, Kossi n’a cessé d’expérimenter. Il travaille sur ordi, « à cause de la transparence et de la lumière de l’écran », dit-il. Il revient au tissu togolais, intègre des fibres végétales, dessine et colorie. Pour dernière tendance, il joue avec le plexiglas, autre lumière infuse, qu’illuminent à l’arrière des lampes LED. La série s’appelle « Together for ever ». L’amour, toujours, en néon tendre et constant, ligne d’horizon cylindrique, tube cathodique. Et le rouge pour dominante qui traverse ses visages, influence fauviste. C’est fou ce que la peinture le nourrit. Des figures de couples aussi, dans un serial amoureux, visages penchés, lèvres conjuguées.  « Ce sont des histoires qui arrivent, ajoute-il, on s’aime très fort. » Trente modèles s’allument ainsi dans ses catalogues. Rouges baisers, cernes vertes et bleues. For ever, chérie !

Kossi Homawoo, Matière et lumière, 15 rue Castelbajac, 31330 Grenade-sur-Garonne.
k.homawoo@gmail.com.
Site de vente: www.bobotoimeme.com

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