Sculpture et installations
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Burkina-Faso / Moussa Sawadogo, un atelier… ROYAUMES ANCIENS ET MARTEAUX CONTEMPORAINS

Quartier Dapoya, Ouagadougou. Une cour de sable, et le martellement des outils. Des murs couverts de toiles et de tôles, des établis où s’entassent toutes sortes de pièces, échappées d’un bestiaire mécanique. Roues dentées, pots d’échappement, guidons cyclistes, ossements d’animaux. Squelettes en devenir de chair et de sens. Depuis juin, Moussa Sawadogo a posé ses outils ici. Une chance, dit-il. Une grande chance.

Il y a quelques mois, le sculpteur burkinabé travaillait au Hangar 11, quartier Ouidi. Le lieu était emblématique à Ouaga. Depuis une douzaine d’années, les expositions s’y succédaient, mais aussi l’accueil des jeunes créateurs et l’enseignement. Sylvo Zoungrana, Pierre Garel , Boubakar Nassere, Awa Kabore, Laurent Sa ont soudé ici. Et puis le lieu a fermé.

« J’ai la chance qu’un ami designer m’ait proposé de travailler chez lui. Sibiri Antoine Tiendrebeogo a un atelier, dans le même secteur, Rue 12.73. C’est très collectif, on travaille tous ensemble. En permanence, les gens entrent et sortent, pour dire bonjour, voir un peu où nous en sommes. Certains viennent de loin, d’autres sont des voisins. C’est parfois la famille. Ou alors le boutiquier d’à côté, Souleymane qui nous rend une petite visite, et pareil pour les voisins soudeurs, Ali et Oussou, qui aiment beaucoup ce que nous faisons. Je veux dire qu’il y a de l’encouragement. Et que c’est une chose très importante dans cette période, de sentir le soutien. » 

Dapoya n’est pas n’importe quel quartier à Ouagadougou. Si l’on parle de sculpture, ces quelques rues concentrent les plus grands artisans de la ville. Vous y retrouvez les ateliers des famille Dermé, Guira, Tapsoba, qui ont oeuvré anciennement à la cour royale Mossi. Ce sont des références importantes pour Moussa, de travailler, d’apprendre, de respirer cet air chargé d’histoire et de l’odeur des chalumeaux. « Le quartier est assez formidable, bruyant, difficile aussi, mais avec toute l’histoire des bronziers. On doit parler dans notre travail de ces racines. On appartient à ça.» Dans les récentes œuvres réalisées ici, ces influences se retrouvent évidemment. Les totems se dressent, les figures hiératiques disent l’appartenance. Un gardien de troupeau, un soldat, un esprit échappé du vent et qui protège la maison.

« Nos discussions tournent souvent autour de ça. La valorisation de nos créations, et la dignité de l’artiste. »

Dans la même cour, Moumouni Ouédraogo et Sibiri Tiendrebeogo dessinent et réalisent des meubles. Le propos est proche, il s’agit d’asseoir les formes… et de se faire connaître. « Nos discussions tournent souvent autour de ça. La valorisation de nos créations, et la dignité de l’artiste. » Créer, en vivre bien sûr, mais que votre image soit respectée. Ce n’est pas un hasard, si Moussa parle souvent de ce royaume ancien et fondateur.

Il est huit heures. Le sculpteur range ses outils. La lumière a basculé depuis un bon bout de temps, et Moumouni continue à souder. De son côté, Moussa regagne son domicile, quartier Goughain. « Je travaille le bois et le métal à Dapoya. Pour les toiles, je préfère rentrer à la maison. Là, je serai seul. C’est différent, ça vient sûrement du médium. J’ai besoin de ce calme. » Demain, reprendront les coups de marteau, le glissement rugueux des limes, le tranchant des haches. Autres lieux, autres lumières et le son qui les accompagne.

Roger Calmé (ZO mag’)
Photo : ©Moussa Sawadogo
Contact : Tél. : +226 74 66 68 85 (whatsapp)
Email : moussblack22@yahoo.fr

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