Peinture
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France / David Ladjah Bolo, l’atelier… / IL SUFFIT DE RANGER SES AFFAIRES

« Moi , je n’en ai pas.» De ce lieu incontournable, comme l’obligation d’un port l’est pour un bateau, David Ladjah Bolo a choisi de se passer. L’atelier, tel qu’on l’entend, ne lui est pas nécessaire. « Je ne voulais pas de cette contrainte. Et qui deviendrait un frein, dans mon cas, à la création, à ma liberté de bouger. Non. Donc je fais sans. » Un jour, David Bolo, peintre, a décidé de travailler au milieu de son appartement.

« Il faut payer le lieu et pour cela satisfaire les amateurs, et donc créer de façon à subvenir. Ça, je ne le veux pas. «  David Ladjah Bolo

Il arrive que les gens soient étonnés. S’il viennent le voir pour acheter une œuvre, ou prendre la température de l’endroit, il leur faut un environnement. « A ce moment-là, je place des toiles contre les murs, j’en accroche une ou deux, je laisse des chiffons et des tubes ouverts. Ça les rassure, ils se reconnaissent, enfin, plutôt ils reconnaissent le peintre. Mais le reste du temps, je range. »

David Bolo partage donc le lieu familial avec trois autres personnes : son épouse, son fils et l’Homme au chapeau, qui parcourt de long en large toute son œuvre. Quatre et environ 75 mètres carrés. « Ça m’oblige à aborder la toile avec une plus grande réflexion, qu’il s’agisse du format, des gestes, de la technique… Il se peut que je doive préparer la pièce, étaler des bâches, il se peut que je puisse travailler sur le bureau, j’anticipe donc. » Au final, c’est cette option qu’il a donc adoptée, parce qu’elle lui permet la plus grande liberté.

« Si tu exceptes des grands, dégagés de toute contrainte financière, l’atelier reste un poids budgétaire non négligeable. Dans beaucoup de cas, le peintre travaille donc pour satisfaire de multiples demandes. Il faut payer le lieu et pour cela satisfaire les amateurs, et donc créer de façon à subvenir. Ça, je ne le veux pas. » Pas plus que la solution d’un atelier communautaire ne l’intéresse. Il a essayé, à une époque, dans un lieu partagé à vingt-trois artistes. Solide foire d’empoigne, egos surexcités. Invivable perspective. A 47 ans, dans une existence qui refuse la tricherie et une peinture nourrie de la même façon, le peintre veut un lieu à cette même image.

Comme un p’tit air de liberté.

Tiens, c’est son fiston qui vient le voir ! Il se pose devant le dessin, il regarde d’un air averti. Il a dix ans et il dessine lui aussi. « Ça fonctionne très bien, mon épouse et lui rentrent bien sûr, je leur demande juste de ne pas me dire ce que je devrais faire. Ceci dit, mon fils a pris une habitude. Quand j’arrive au bout du travail, il y a un petit gribouillis noir dans un coin, et c’est lui qui le fait. » David Bolo n’éprouve aucun autre besoin. C’est son atelier, entre le salon et la chambre, c’est son lieu d’absolue liberté. « Tu sais, pendant toute sa vie, Giacometti est resté dans le même atelier d’à peine 23 m². Il aurait pu avoir cent fois plus grand. Il est resté là, parce que c’était son endroit. » C’est un peu la même chose avec l’homme au chapeau. Il ne s’imagine pas marcher ailleurs !

RC ( ZO mag’)
Photo : © David Ladjah Bolo

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