Peinture
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Iran / Samaneh Atef / LE PARDON EST POSSIBLE

Des ombres sortent et prennent figure, elles sont au-dedans de toi. Certains disent que ce sont tes fantômes. Quel drôle de mot qui ne signifie rien, ou si peu. Ces ombres sont mes enfants, mes cauchemars, mes animaux de compagnie, mes peintures, mes bourreaux… Ces ombres, c’est moi. Elles vont de long en large dans ma nuit, qui brille parfois en plein jour. Je peins pour leur redonner la liberté.

Dans les rares textes où elle parle d’elle, Samaneh Atef évoque cette proximité complexe et effrayante. Il en a toujours été ainsi. « J’ai éprouvé beaucoup de peur de moi. Mon enfance s’est résumée à construire, craindre et détruire! Je trempais le pain dans l’eau et je faisais une créature étrange. Ensuite, j’avais peur de la voir. Les cauchemars étaient effrayants. » A ce moment de sa vie, elle vit avec ce dédoublement perpétuel, d’être et de ne pas être elle-même, de pouvoir dire sa langue ou de devoir rester dans cette obscurité grouillante.

On dira que les dessins et peinture de Samaneh Atef, artiste iranienne et profondément spirituel sont des portes ouvertes. Nul n’est obligé de voir derrière ce passage d’autre signification que la sienne. Et elle suffit amplement. Sa peinture, dans ce débordement permanent, l’aide à s’accepter. Les choses qui viennent, mettent des mots-visages sur son effroi. « Quand j’ai accepté les maux de mon être, je n’avais plus de cauchemars, mais de beaux rêves. (…) J’ai dû me faire face, c’était un problème au début. Maintenant je suis heureuse parce que je suis tombée amoureux de moi, j’ai pu pardonner à tout le monde quand je me suis pardonnée. Les cauchemars sont maintenant un rêve. »

Parfois, c’est la liberté d’une femme qui a décidé de devenir elle-même.

Un peu plus tard, elle dira qu’elle a quitté l’Iran, qu’elle vit désormais à Lyon. Les médecins l’ont aidée. Elle prend les choses comme il faut les prendre, aux heures qui conviennent. La peur s’éloigne, même si elle redoute toujours à un instant de ne pas s’aimer comme elle le doit.

Parfois, il arrive une chose très sombre, comme une main qui empêche la vie et le mot de venir. Une main violente, et silencieuse à la fois, le cri fixé dans la blessure qu’elle inflige. Parfois c’est une liberté, un bouquet de fleurs que la femme tient, des enfants qui pourraient voler, une cigarette qu’elle s’autorise, des juges armés qui l’observent… Parfois, c’est la liberté d’une femme qui a décidé de devenir elle-même, de devenir artiste, et qui peint sans arrêt, tous les jours, parce que c’est sa raison d’être.

Repères :
Née à Bandar Abbas en 1989, Samaneh Atef a vécu à Astane Ashrafiyeh (nord de l’Iran). Après ses études d’informatique, elle veut devenir peintre. Il y a deux ans, elle a quitté son pays pour venir en France (Lyon). Elle s’est elle-même définie comme étant très proche de l’expérience de vie de Frida Khalo qui dessinait pour lutter contre sa dépression.
Expositions :
2020 : Je suis une femme iranienne, galerie Polysémie (Marseille)
2018 : Collective, galerie Claire Corcia (Paris)

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos : ©Samaneh Atef
Contact: Galerie Polysémie, 12 rue de la Cathédrale, 13002 Marseille. Tél 04 91 19 80 52
Artiste: https://www.facebook.com/samane.atefd


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