Sénégal / Aliou Diack / L’HEURE DES GRANDS FAUVES

Avant d’aller plus loin, on aimerait pousser la porte de l’atelier. Ce n’est pas par indiscrétion. De savoir si l’espace est ordonné ou non, nous est indifférent. Mais on voudrait comprendre (un peu) cette vie permanente qui habite les toiles d’Aliou Diack. Cette impression que les choses sont en train de se passer. Essentielles.

Par exemple ce combat entre deux fauves, ou bien cette conversation des singes et le regard curieux que jette ce crocodile. Il y a beaucoup d’animaux dans les peintures de l’artiste sénégalais. De son village de Sidi Bougou, il semble toujours se souvenir. La savane commençait derrière les maisons. Plus tard, il est venu habiter Dakar et ses premiers dessins figuraient déjà la brousse. L’herbe ocre, la trace que laissent les troupeaux, le souffle du vent… Souvenirs nécessaires.

Entrer dans l’atelier et le voir travailler comme l’écrit Sylvain Sankalé dans « Something we Africans got, issue 10 ». « Il est capable de travailler plusieurs toiles à la fois, d’aller, de revenir, de l’une vers l’autre, de réfléchir à un repentir, revoir une inclinaison, une lumière, un détail. » Il arrive qu’il passe ainsi de longue périodes sur une toile, de s’arrêter, de réfléchir, d’interroger ses proches, dans l’attente du geste qu’il faut poser, d’une lumière peut-être. D’un froissement d’herbe. Et l’on comprend alors d’où vient le mouvement qui est dans l’œuvre terminée. Tout en déplacement. Les animaux s’interrompent un instant pour boire, puis reprennent leur course.

Rares sont les humains qui traversent cet univers sahélien. Et pourtant, comme le souligne encore Sylvain Sankalé, cette peinture n’est pas celle d’un fabuliste. Au sens qu’elle n’a pas d’autre message à donner que son image elle-même. Pas de titre, pas de laïus qui vienne encombrer la lumière. On est au crépuscule et les antilopes passent comme des papiers découpés sous l’œil repu de la lune. Aucun message donc, aucune morale qui se dégage de cet espace venu avant le nôtre. A ce moment de l’atelier, les langages ordinaires n’existent plus. La vie est là, et l’instant d’après, elle devient « esprit ». C’est une peinture du « tout » et c’est cela qui nous saisit, à l’instant où nous nous désaltérons, sous le regard d’un fauve.

Roger Calmé (ABA mag’)
Photos DR et OH Gallery
https://www.ohgallery.net/

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