Caraïbes / Françoise Semiramoth / SOUS LE FEUILLAGE, LA MAIN ET LE LÉZARD

Que vient faire un peintre baroque dans une forêt tropicale ? Pourquoi revenir en plein 21 ème siècle sur ces lieux du crime ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit, et une partie de l’explication au travail de la plasticienne Françoise Semiramoth. Cette dernière conduit depuis 2011 un dialogue avec Le Caravage, ce peintre assez mystérieux. Et qui est aussi celui d’une époque déterminante. Au moment où il peint ces tableaux, jeux subtils de l’ombre et de l’adoration mystique, l’Europe lance sur les Caraïbes ses caravelles commerciales. Et assassines. Avec la complicité de ses amies écrivaines, Françoise Donnadieu et Maryse Condé, la plasticienne revient donc au rivage premier. Cet éden de couleurs explosives et dans l’ombre du feuillage, les gestes qui disent l’instant.

« 𝘓𝘦𝘴 𝘣𝘳𝘪𝘯𝘴 𝘥’𝘩𝘦𝘳𝘣𝘦, 𝘭𝘦𝘴 𝘪𝘯𝘴𝘦𝘤𝘵𝘦𝘴, 𝘭𝘦𝘴 𝘢𝘳𝘣𝘶𝘴𝘵𝘦𝘴 𝘴’𝘪𝘯𝘵𝘦𝘳𝘱𝘦𝘭𝘭𝘦𝘯𝘵. 𝘓’𝘢𝘪𝘳 𝘴𝘦 𝘤𝘩𝘢𝘳𝘨𝘦 𝘥’𝘦́𝘭𝘦𝘤𝘵𝘳𝘪𝘤𝘪𝘵𝘦́ 𝘦𝘵 𝘷𝘪𝘣𝘳𝘦 𝘥’𝘶𝘯𝘦 𝘮𝘶𝘭𝘵𝘪𝘵𝘶𝘥𝘦 𝘥𝘦 𝘤𝘳𝘪𝘴. «  Maryse Condé

Le Caravage est un artiste qui joue dans les ombres, à l’image de toute l’histoire, cachée, voilée et volée, et qu’il faut reprendre, au contresens, avec le bouillonnement des lumières. L’exposition (online) montée par Olivier Tharsis et Christelle Merabli (Krystel Ann Art ), Guadeloupéens et établis à Lisbonne, est donc un espace de complicité. S’y croisent le peintre et la plasticienne, des textes lumineux donnés par les écrivaines, et enfin la complicité de l’espace virtuel qui efface la distance et met l’éclairage convenable. Le jeune couple met la rencontre comme vertu cardinale au voyage des œuvres et de ceux qui les fabriquent. Leurs collaborations sont aussi nombreuses que de haut niveau. L’occasion de voir les Antilles accoster à Londres, New-York, Paris et même Moscou.

Cet été, « Le jeune homme mordu par un lézard » (1593-95) était à Arles pour les Rencontres de la photographie, annulées et urgemment remplacées par des « off » dynamiques. A cette occasion, Hans Ulrich Obrist voulait « rassembler le politique et le poétique ». L’expo s’appelait « It’s urgent » et Françoise présentait son jeune page. Dans une lumière similaire, Maryse Condé a écrit : « 𝘓𝘦 𝘮𝘪𝘭𝘪𝘦𝘶 𝘥𝘶 𝘫𝘰𝘶𝘳 𝘦𝘴𝘵 𝘭𝘦 𝘮𝘰𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘰𝘶̀ 𝘭𝘢 𝘣𝘳𝘰𝘶𝘴𝘴𝘦 𝘷𝘪𝘵 𝘪𝘯𝘵𝘦𝘯𝘴𝘦́𝘮𝘦𝘯𝘵. 𝘖𝘯 𝘤𝘳𝘰𝘪𝘵 𝘲𝘶𝘦, 𝘭𝘦 𝘴𝘰𝘭𝘦𝘪𝘭 𝘭’𝘢𝘺𝘢𝘯𝘵 𝘣𝘦𝘢𝘶𝘤𝘰𝘶𝘱 𝘦́𝘤𝘩𝘢𝘶𝘧𝘧𝘦́𝘦, 𝘦𝘭𝘭𝘦 𝘴’𝘢𝘴𝘴𝘰𝘶𝘱𝘪𝘵. 𝘈𝘶 𝘤𝘰𝘯𝘵𝘳𝘢𝘪𝘳𝘦. 𝘓𝘦𝘴 𝘣𝘳𝘪𝘯𝘴 𝘥’𝘩𝘦𝘳𝘣𝘦, 𝘭𝘦𝘴 𝘪𝘯𝘴𝘦𝘤𝘵𝘦𝘴, 𝘭𝘦𝘴 𝘢𝘳𝘣𝘶𝘴𝘵𝘦𝘴 𝘴’𝘪𝘯𝘵𝘦𝘳𝘱𝘦𝘭𝘭𝘦𝘯𝘵. 𝘓’𝘢𝘪𝘳 𝘴𝘦 𝘤𝘩𝘢𝘳𝘨𝘦 𝘥’𝘦́𝘭𝘦𝘤𝘵𝘳𝘪𝘤𝘪𝘵𝘦́ 𝘦𝘵 𝘷𝘪𝘣𝘳𝘦 𝘥’𝘶𝘯𝘦 𝘮𝘶𝘭𝘵𝘪𝘵𝘶𝘥𝘦 𝘥𝘦 𝘤𝘳𝘪𝘴. » Extrait de « Chiens fous dans la brousse », l’évocation de ce jardin et dans le feuillage, du désir qui est une délicieuse blessure.

C’est en somme ce que le paradis rend à l’ombre, sa redevance acceptable. Au fond, le Caravage et Françoise Semiramoth ne parlent-ils pas de cet objet désirable et désireux ?

RC (ABA mag’)
Photos : ©F. Semiramoth et Kristel Ann Art
https://www.krystelannart.com/
Exposition : Color Codice, jusqu’au 19 novembre
https://artspaces.kunstmatrix.com/…/290…/color-codice…

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