Peinture
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Gabon / Boris Nzebo /LE BRUIT DU SABRE

Parfois, les premiers pas révèlent beaucoup de choses. Mais il faut y regarder à plusieurs reprises pour bien comprendre. Boris Nzebo aurait pu devenir coiffeur. Ses frères le sont, il a suivi quelques cours et c’est même dans ce domaine qu’il a réalisé ses premières peintures. Des enseignes tout simplement, comme nos rues africaines les exposent en abondance. S’intéresser à la coiffure, c’est regarder avec la plus grande attention une société dans son intimité. Comment elle s’affiche, comme elle se rêve, que montre-t-elle et que cherche-t-elle. Boris s’est donc posé très tôt les bonnes questions.

Le second point intéressant tient à l’importance de la rue pour le peintre. Le salon de coiffure est une sorte de carrefour, c’est un galerie sociétale où se montre les gens, où s’échangent les propos et où se construisent les fantasmes. La rue est un formidable réservoir de clichés, de comportements, de couleurs et de mouvement, et c’est dans cette rue que Boris s’est construit. Si bien que ce jeune Gabonais, originaire de Port-Gentil, destiné à manier les ciseaux, trouve ici sa première inspiration ou respiration. Des cheveux, il passe à l’enseigne et de la feuille de contreplaqué à la toile. Cohérence du mouvement et ambition désormais affirmée. Comme il le dit avec humour, « 𝘫𝘦 𝘷𝘰𝘶𝘭𝘢𝘪𝘴 𝘮’𝘪𝘯𝘴𝘤𝘳𝘪𝘳𝘦 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘭’𝘩𝘪𝘴𝘵𝘰𝘪𝘳𝘦 𝘥𝘦 𝘭’𝘢𝘳𝘵. » Plus simplement, il voulait voyager dans la couleur et le regard.

Figuration urbaine. La rue, dans son grand désordre de mots, de bruits, de contraintes et de folie.

Passionné de pop art, ses premières attention se tournent alors vers la rue, dans le contrechamp de l’apparence. On pourrait dire à l’envers de l’affiche. Les décors ne se construisent pas de façon gratuite. Ils s’inscrivent dans une époque, dans des courants de modernité ou de tradition, dans des affirmations identitaires et des fluctuations d’histoire. Donc, au fil du temps, Boris Nzebo s’est attelé à cette figuration urbaine. La rue, dans son grand désordre de mots, de bruits, de contraintes et de folie. Dans sa potentialité et ses constats. Chocs frontaux, refus des priorités.

Anglophones, francophones, islamistes, adeptes de la modernité, conducteurs de Cadillac et mangeurs de KFC, c’est le temps d’aujourd’hui qu’il peint.

Les tableaux de Boris, qui seront à Lagos 20, présentés par la galerie MAM (Douala), s’inscrivent dans ce témoignage quasi journalistique. La violence et répression y sont permanentes. Les attentats se multiplient. Boko Haram tient le nord du Cameroun, les Ambazoniens et le pouvoir central se disputent l’Ouest. Anglophones, francophones, islamistes, adeptes de la modernité, conducteurs de Cadillac et mangeurs de KFC, c’est le temps d’aujourd’hui qu’il peint. Une couleur hachée, primitive et saccadée, qui rappelle Roy Lichtenstein. Des hommes en armes, des gens au sol menottés, un sabre qui s’apprête à… Quel est le bruit du sabre, dans la tourmente de ce temps ?

RC (ABA mag’)
Photos : © Boris Nzebo et DR
Présent à Lagos20 (online) avec la galerie MAM.
Infos: https://www.facebook.com/galeriemam

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