Mozambique / Rodrigo Mabunda/ LA TORCHE DE LA LIBERTÉ

A son arrivée dans une grande ville, le voyageur reste souvent ébloui. Tout est motif de curiosité et d’émerveillement. Ces tours qui grimpent vers le ciel, ces canaux parcourus de barques et de voiliers, ces avenues résonnantes de bals … C’est un choc de tout regarder, de tout étreindre, et dans le croquis ou la photo, de l’archiver. La découverte de Venise a été pour Rodrigo Mabunda un grand étonnement . Il arrivait de Maputo (Mozambique), et là-bas les lumières brillent de façon différente.

La résidence d’artiste fonctionne essentiellement sur ce principe de découverte et des échanges qu’elle nourrit. Vue sous cet angle, Venise est un lieu assez formidable. On pourrait presque dire qu’il s’agit d’un gigantesque magasin où viennent accoster mille navires. L’histoire, les peintures anciennes, le commerce, la fête, dans un décor qui relève de l’impossible. Peut-on vivre à la surface d’un miroir, à la rencontre du réel et de l’image reflétée ? Dans cette abondance des idées et des émotions, Rodrigo construit son séjour.

Entre octobre et novembre 2019, l’équipe de Kostic Khachatourian (Akaa Project) lui ouvrent les portes de la ville. Il parlera alors d’une véritable immersion. Principalement, c’est le quotidien qui l’intéresse. « 𝘌𝘯 𝘮𝘢𝘳𝘤𝘩𝘢𝘯𝘵 𝘣𝘦𝘢𝘶𝘤𝘰𝘶𝘱, 𝘫𝘦 𝘮’𝘪𝘯𝘴𝘱𝘪𝘳𝘦 𝘥𝘦 𝘤𝘦 𝘲𝘶𝘪 𝘴𝘦 𝘱𝘢𝘴𝘴𝘦 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘭𝘦𝘴 𝘳𝘶𝘦𝘴. 𝘑𝘦 𝘳𝘢𝘤𝘰𝘯𝘵𝘦 𝘥𝘦𝘴 𝘩𝘪𝘴𝘵𝘰𝘪𝘳𝘦𝘴 𝘴𝘶𝘳 𝘭𝘦𝘴 𝘤𝘦́𝘳𝘦́𝘮𝘰𝘯𝘪𝘦𝘴, 𝘭𝘦𝘴 𝘮𝘢𝘳𝘤𝘩𝘦́𝘴, 𝘭𝘦𝘴 𝘧𝘦̂𝘵𝘦𝘴 𝘦𝘵 𝘭𝘦𝘴 𝘳𝘢𝘴𝘴𝘦𝘮𝘣𝘭𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵𝘴. 𝘊𝘦 𝘴𝘰𝘯𝘵 𝘥𝘦𝘴 𝘭𝘪𝘦𝘶𝘹 𝘱𝘭𝘦𝘪𝘯𝘴 𝘥𝘦 𝘮𝘰𝘯𝘥𝘦. 𝘝𝘦𝘯𝘪𝘴𝘦 𝘦𝘴𝘵 𝘶𝘯𝘦 𝘷𝘪𝘭𝘭𝘦 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘧𝘰𝘶𝘭𝘦. 𝘚𝘦𝘴 𝘱𝘦𝘵𝘪𝘵𝘴 𝘤𝘢𝘭𝘭𝘪𝘴 𝘴𝘰𝘯𝘵 𝘴𝘶𝘳𝘱𝘦𝘶𝘱𝘭𝘦́𝘴 𝘢̀ 𝘵𝘰𝘶𝘵 𝘮𝘰𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘫𝘰𝘶𝘳𝘯𝘦́𝘦. (…) 𝘊𝘦 𝘵𝘳𝘢𝘷𝘢𝘪𝘭 𝘳𝘢𝘤𝘰𝘯𝘵𝘦 𝘭’𝘩𝘪𝘴𝘵𝘰𝘪𝘳𝘦 𝘥𝘦 𝘮𝘢 𝘱𝘭𝘰𝘯𝘨𝘦́𝘦 (…) 𝘢𝘶 𝘤œ𝘶𝘳 𝘥𝘦 𝘝𝘦𝘯𝘪𝘴𝘦, » écrit-il sur son carnet.

Dans ses travaux précédents, Rodrigo a beaucoup travaillé sur la récupération. L’objet quotidien le fascine, anonyme et singulier, porteur d’histoire. Cette fois, il s’attarde à la boîte, ou plus exactement au classeur. Quand il est déplié, avant son montage, dans l’attente du matériau à ranger, c’est un volume potentiel. Rodrigo l’observe et l’habille alors du songe qu’il désire y glisser. Ses boîtes, couvertes d’abondants dessins au stylo bleu, peuvent être vues d’innombrables façons. D’ailleurs le titre choisi « En-ciclope_dia » est un jeu de mot parfait. Le jour du cyclope est celui de la plus grande bibliothèque. Sur cet incroyable rayonnage, se retrouvent la connaissance et le rêve.

L’automne est une saison qui convient merveilleusement à Venise. Dans l’une de ses salles, l’Akka Project montre un alignement de boîtes, bleu outremer, fresques de carbone, minéralité du rêve. Les boîtes s’alignent. Elles ont des allures de magistrale bibliothèque. Et peut-être, dans un coin de rêve, figurent-elles cette improbable rencontre entre Venise et New-York. Rodrigo Mabunda sourit. Sur l’une d’elles, une dame brandit une torche de liberté. Interculturalité.

Roger Calmé (ABA mag’)
Photos DR et Akka Project
Calle de la Verona 3659/A | San Marco, 30124 Venise (Italie). Tél. : +39 345 008 7940 https://akkaproject.com

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