RDC / Pitsho Mafolo / TROPIQUE DE l’INCERTITUDE

Lisbonne est une ville qui inspire le voyage. Certains points de cette planète sont ainsi faits. Il y a en eux une sorte de mouvement nomade. Ils appellent à partir et à revenir, on ne parvient pas à les dissocier de leur port par exemple. A l’image de New-York, Dakar, Marseille… ou Lisbonne. C’est ici, sur cette pointe de l’Europe, que Pitsho Mafolo a posé ses couleurs. Et ce n’est peut-être pas un hasard. Il arrive dans les interviews qu’il parle de ce rêve d’enfance de devenir pilote d’avion. L’idée du voyage le fascinait. Il s’y rattache tellement de choses, par les paysages, par la rencontre de l’autre, étrange animal… C’est un peu comme la vie, le voyage, on va ailleurs et la langue change, et on ne mange plus le poisson de la même façon.

Formé aux Beaux-Arts de Kinshasa, Pitsho cherche à comprendre comment l’individu assimile un nouvel environnement. C’est un point souvent douloureux et forcé. Il faut apprendre à être un(e) autre, se soumettre aux habitudes étranges, à une distanciation différente, et cesser de faire sa braise sur le balcon de l’immeuble. C’est donc une peinture profondément existentielle que la sienne, où la part africaine subsiste, mais dans un collage permanent aux matériaux étrangers, à la couleur européenne, à cette lumière particulière que l’on capte déjà, au moment où l’avion se pose sur le tarmac.

Une peinture profondément existentielle, où la part africaine subsiste, mais dans un collage permanent aux matériaux étrangers.

Les personnages de Pitscho vont ainsi, dans des épaisseurs multiples d’eux-mêmes, comme ces murs recouverts d’affiches. Le jeune homme de Kinshasa qui s’établit à Lisboa, ville blanche sur fond bleu, n’est plus tout à fait l’enfant de Massiala ou de Lingwala. Beaucoup de toiles comme « Centre ville » (2019) ou « My paradise » (2019), entretiennent ce croisement d’époques et d’émotions. Souvent la scène figure des danseurs, des femmes qui ondulent, des visages en morceaux, dans une lumière de fin d’après-midi. Il y a une grande nostalgie dans cette peinture qui hésitent entre les époques et les continents.

Les silhouettes sont congolaises, les gestes appartiennent à la jet-set, les voitures roulent dans l’ombre stylisée des buildings.

Sur son Facebook, l’artiste a fait figurer l’une de ces compositions. On est devant une narration assez considérable, sur laquelle toute une ville semble en mouvement. Une femme tient la Terre sur le plateau d’une balance, des taxis circulent, des avions sans doute, et encore des gens qui dansent, qui paradent… Les silhouettes sont congolaises, les gestes appartiennent à la jet-set, les voitures roulent dans l’ombre stylisée des buildings.

C’est un peu comme un film ou un dessin de mode ancien sur une revue très moderne: ça appartient à des paysages différents, des songes… La confusion des longitudes. Vertige de la géographie et de la mémoire.

Roger Calmé (ABA mag’)
Photos : Pitsho Mafolo et © Demif Gallery
https://demifgallery.com/

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