RDC / Cédric Sungo Mome / L’OMBRE SUR LE MUR

Elle est au centre de tout. Parce qu’elle fonde l’identité, nourrit la dialectique, l’accomplissement ou la frustration, qu’elle est motif de rapprochement comme de revanche, qu’elle explique et qu’elle cache. Elle est l’instrument du pouvoir, sa plus fidèle serviteur. L’Histoire. Et c’est de cette histoire dont parle le sculpteur Cédric Sungo Mome.

Depuis plusieurs décennies les artistes du Congo l’ont posée au cœur de leurs questionnements. Histoire immédiate ou histoire différée ? Relative au politique (Lumumba / Mobutu entre autres), à l’économique aussi (minéralier), à la culture (africaine et occidentale)… Leur discours est très divers.

Sammy Baloji dessine une approche de la référence, presque scientifique, dans laquelle on peut inscrire la photographe Gosette Lubondo (Imaginary Trip). Les deux s’intéressent au lieu et ce qu’il implique pour l’imaginaire et la réalité, dans son utilisation et la proximité imposée à la population.

« 𝘗𝘢𝘳𝘤𝘦 𝘲𝘶𝘦 𝘤𝘦𝘵𝘵𝘦 𝘦𝘹𝘱𝘭𝘰𝘪𝘵𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘢 𝘵𝘰𝘶𝘫𝘰𝘶𝘳𝘴 𝘦́𝘵𝘦́ 𝘶𝘯 𝘱𝘪𝘭𝘭𝘢𝘨𝘦. (…) 𝘛𝘰𝘶𝘵 𝘭𝘶𝘪 𝘦𝘴𝘵 𝘴𝘢𝘤𝘳𝘪𝘧𝘪𝘦́. 𝘓’𝘦𝘯𝘷𝘪𝘳𝘰𝘯𝘯𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵, 𝘭𝘦 𝘱𝘢𝘺𝘴𝘢𝘨𝘦 𝘢𝘯𝘤𝘪𝘦𝘯 𝘦𝘵 𝘴𝘢𝘤𝘳𝘦́, 𝘭𝘢 𝘷𝘪𝘦 𝘥𝘦𝘴 𝘩𝘰𝘮𝘮𝘦𝘴 𝘭𝘦𝘴 𝘱𝘭𝘶𝘴 𝘧𝘢𝘪𝘣𝘭𝘦𝘴. »

Natif de Kinshasa, Cédric Sungo Mome est diplômé de l’Académie des Beaux-Arts (2017) et ce lieu n’est pas seulement un laboratoire des formes et des gestes. C’est ici que le jeune artiste a dû rencontrer Sammy Baloji, auquel il fait constamment référence. L’histoire revient au premier plan. Ses personnages de fil de fer, parfois monumentaux, relatent l’exploitation première, celle qui est à la base même de l’occupation des esprits et du territoire. Le minerai. La sculpture exprimée, aussi imposante soit-elle, relève en permanence du déséquilibre

« 𝘗𝘢𝘳𝘤𝘦 𝘲𝘶𝘦 𝘤𝘦𝘵𝘵𝘦 𝘦𝘹𝘱𝘭𝘰𝘪𝘵𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘢 𝘵𝘰𝘶𝘫𝘰𝘶𝘳𝘴 𝘦́𝘵𝘦́ 𝘶𝘯 𝘱𝘪𝘭𝘭𝘢𝘨𝘦. 𝘐𝘭 𝘧𝘢𝘶𝘵 𝘴𝘦 𝘳𝘦́𝘧𝘦́𝘳𝘦𝘳 𝘢𝘶 𝘒𝘢𝘵𝘢𝘯𝘨𝘢 𝘰𝘶 𝘢̀ 𝘭’𝘦𝘴𝘵 𝘥𝘶 𝘒𝘪𝘷𝘶. 𝘛𝘰𝘶𝘵𝘦𝘴 𝘤𝘦𝘴 𝘨𝘶𝘦𝘳𝘳𝘦𝘴, 𝘤𝘦𝘴 𝘮𝘢𝘴𝘴𝘢𝘤𝘳𝘦𝘴 𝘲𝘶𝘪 𝘦𝘯 𝘥𝘦́𝘤𝘰𝘶𝘭𝘦𝘯𝘵, 𝘤𝘦𝘵𝘵𝘦 𝘮𝘰𝘯𝘴𝘵𝘳𝘶𝘰𝘴𝘪𝘵𝘦́ 𝘱𝘦𝘳𝘮𝘢𝘯𝘦𝘯𝘵𝘦 𝘦𝘵 𝘳𝘦́𝘱𝘦́𝘵𝘦́𝘦, 𝘯’𝘢 𝘥’𝘢𝘶𝘵𝘳𝘦 𝘳𝘢𝘪𝘴𝘰𝘯 𝘲𝘶𝘦 𝘭𝘦 𝘱𝘪𝘭𝘭𝘢𝘨𝘦 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘳𝘦𝘴𝘴𝘰𝘶𝘳𝘤𝘦. 𝘛𝘰𝘶𝘵 𝘭𝘶𝘪 𝘦𝘴𝘵 𝘴𝘢𝘤𝘳𝘪𝘧𝘪𝘦́. 𝘓’𝘦𝘯𝘷𝘪𝘳𝘰𝘯𝘯𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵, 𝘭𝘦 𝘱𝘢𝘺𝘴𝘢𝘨𝘦 𝘢𝘯𝘤𝘪𝘦𝘯 𝘦𝘵 𝘴𝘢𝘤𝘳𝘦́, 𝘭𝘢 𝘷𝘪𝘦 𝘥𝘦𝘴 𝘩𝘰𝘮𝘮𝘦𝘴 𝘭𝘦𝘴 𝘱𝘭𝘶𝘴 𝘧𝘢𝘪𝘣𝘭𝘦𝘴. », explique-t-il, en annexe à son travail du métal.

Cédric propose une lecture émotionnelle, que l’on peut appréhender dans une évidence première. Ces hommes qui s’empoignent, ces personnages qui chutent, ces figures assises, mais privées de siège, ces visage gommés que remplacent des croix, évoquent un monstrueux anonymat. Des millions de victimes sacrifiées à la cupidité, aux cours du marché, à la fringale de la consommation. Finalement, il y a quelque chose d’assez terrifiant dans cette sculpture. Par instant, elle évoque ces cadavres figés par les cendres de Pompéi, au pied du Vésuve. L’instant d’avant, ils sont vivants, et celui d’après la mort est passée. Sous un volcan dont on ignore les humeurs, le destin s’accomplit. Aveugle. Il ne reste plus que des silhouettes, comme à Hiroshima, des ombres sculptures sur des murs.

Roger Calmé (ABA mag’)
Photos : DR et © C. Sungo Mome
cedricksungomome@gmail.com
Tél. : (+243) 813 87 18 42
Sungo Mome est accompagné par Désirée Roua. Contact tél.: 06 62 90 79 71

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