Maroc / Photographie / Wiame Haddad / LES MOTS QUI RESTENT INVISIBLES

S’il s’agit d’une découverte pour la plupart d’entre nous, il ne faut surtout pas passer à côté. Wiame Haddad est une photographe essentielle. De celles qui participent à la compréhension de notre environnement. Elle est marocaine et c’est l’histoire que révèlent ses images. Quand on découvre ses clichés, la première évidence est celle de rencontrer des témoins. Gens ordinaires, dans le quotidien de leurs murs, visages arrêtés sur un instant qui n’apparaît pas à l’écran, et dont rien n’est dit. Toutes ces personnes sont silencieuses, elles regardent par un balcon, une fenêtre, mais on sent qu’il s’est passé quelque chose et qu’elles en détiennent les clés.La photographe marocaine exposait en mars 2018 à l’université de Boston (États-Unis) un travail intitulé « Ceux qui restent » .

« Ceux qui restent », c’est l’attente muette et emmurée, réduite au même silence que celui du désert et de la prison.

Son nom le suggère, c’est ici de l’absence qu’il était question. Au travers d’une question si souvent cachée et tue, Wiame Haddad veut rendre hommage aux prisonniers politiques, ceux qui sont partis et pour certains n’en sont pas revenus. « Ceux qui restent », c’est l’attente muette et emmurée, réduite au même silence que celui du désert et de la prison. Et pour cela, la photographe s’attache au corps, dans cette position qui dit le sentiment, l’isolement, la parole perdue.

Comme elle l’expliquait alors, « 𝘪𝘭 𝘴’𝘢𝘨𝘪𝘵 𝘥𝘦 𝘮𝘦𝘵𝘵𝘳𝘦 𝘦𝘯 𝘦́𝘷𝘪𝘥𝘦𝘯𝘤𝘦 𝘭𝘢 𝘮𝘢𝘯𝘪𝘦̀𝘳𝘦 𝘥𝘰𝘯𝘵 𝘭𝘦 𝘤𝘰𝘳𝘱𝘴 𝘦𝘹𝘱𝘳𝘪𝘮𝘦 𝘶𝘯𝘦 𝘴𝘪𝘵𝘶𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘥’𝘦𝘯𝘧𝘦𝘳𝘮𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵, 𝘥𝘦 𝘤𝘰𝘯𝘧𝘭𝘪𝘵 𝘪𝘯𝘵𝘦́𝘳𝘪𝘦𝘶𝘳 𝘰𝘶 𝘥𝘦 𝘤𝘰𝘯𝘧𝘭𝘪𝘵 𝘱𝘳𝘰𝘷𝘰𝘲𝘶𝘦́ 𝘱𝘢𝘳 𝘶𝘯 𝘤𝘰𝘯𝘵𝘦𝘹𝘵𝘦 𝘩𝘪𝘴𝘵𝘰𝘳𝘪𝘲𝘶𝘦 𝘰𝘶 𝘴𝘰𝘤𝘪𝘢𝘭. 𝘑𝘦 𝘮𝘦 𝘧𝘰𝘤𝘢𝘭𝘪𝘴𝘦 𝘢𝘪𝘯𝘴𝘪 𝘴𝘶𝘳 𝘭𝘦 𝘤𝘰𝘳𝘱𝘴 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘦 𝘴𝘪𝘨𝘯𝘪𝘧𝘪𝘢𝘯𝘵 𝘥𝘶 𝘱𝘰𝘭𝘪𝘵𝘪𝘲𝘶𝘦. » Les clichés montraient cela, de même que des objets regroupés sous le titre « Objets de Tazmamart ». La prison politique enferme les corps, les ombres des corps, les objets ayant appartenu, le souvenir sans cesse répété pour « ceux qui restent ».

Depuis 2018, Wiame poursuit cette quête de l’invisible, au travers des moulages qu’elle a réalisés de visages qui sont aussi ceux des victimes marocaines et tunisiennes de la politique. La série s’intitule « In Absentia ». Visages de résine ou de plâtre, et clichés des survivants, dans la proximité du temps. Qui aurait imaginé cela, il y a dix ans ? Des choses se passent, on peut désormais dire l’imprononçable, même si les réticences demeurent vives. Le nom de Wiame Haddad n’est pas une chose anodine. Son travail est un cheminement d’histoire, sur un continent qui éprouve de grandes difficultés à prononcer pleinement ce mot.

Une question humaine autant que politique à l’absence que le répression a fait peser.


Roger Calmé (ABA mag’)
Photos : ©Wiame Haddad
A lire : https://femmesdumaroc.com/…/wiame-haddad-la-photographe…

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