Bénin / Peinture / Rafiy Okefolahan DANS LE CŒUR DE L’ÂTRE

Quelques fois, on est dans le tableau et on cherche la peinture. C’est très différent la peinture et le tableau. Quand vous voyez une toile de Rafiy Okefolahan, la peinture reste permanente, dans le mouvement du pinceau, la brosse qui revient, et d’autres choses ensuite, appliquées et brouillonnes. Au final, bien sûr, il y a une toile et une histoire peut-être, une rue, un grand bruit qui monte. Les tableaux de Rafiy racontent aussi des moments comme le tumulte. On repense alors à ce désordre qui l’effrayait tant quand il quittait, enfant, Porto Novo pour rejoindre Cotonou.

Il y a quelques semaines, le peintre béninois était une fois encore chez Lazarew, venu présenter «Aïdo-Hwedo » qui est une belle aventure de peinture. Entre le galeriste et l’artiste, l’histoire est ancienne. C’est en 2009, que les deux se sont rencontrés. « 𝘑𝘦 𝘴𝘶𝘪𝘴 𝘢𝘳𝘳𝘪𝘷𝘦́ 𝘢̀ 𝘗𝘢𝘳𝘪𝘴 𝘢𝘷𝘦𝘤 𝘶𝘯𝘦 𝘲𝘶𝘪𝘯𝘻𝘢𝘪𝘯𝘦 𝘥𝘦 𝘵𝘰𝘪𝘭𝘦𝘴, 𝘥𝘦𝘴 𝘨𝘳𝘢𝘯𝘥𝘴 𝘧𝘰𝘳𝘮𝘢𝘵𝘴 𝘳𝘰𝘶𝘭𝘦́𝘴. 𝘑𝘦 𝘤𝘩𝘦𝘳𝘤𝘩𝘢𝘪𝘴 𝘢̀ 𝘦𝘹𝘱𝘰𝘴𝘦𝘳 𝘮𝘢𝘪𝘴 𝘰𝘯 𝘮’𝘢 𝘧𝘢𝘪𝘵 𝘤𝘰𝘮𝘱𝘳𝘦𝘯𝘥𝘳𝘦 𝘲𝘶𝘦 𝘗𝘢𝘳𝘪𝘴, 𝘤𝘦 𝘯’𝘦́𝘵𝘢𝘪𝘵 𝘱𝘢𝘴 𝘭𝘦 𝘉𝘦́𝘯𝘪𝘯. 𝘜𝘯 𝘮𝘢𝘵𝘪𝘯, 𝘫𝘦 𝘷𝘰𝘪𝘴 𝘶𝘯 𝘩𝘰𝘮𝘮𝘦 𝘢̀ 𝘵𝘳𝘢𝘷𝘦𝘳𝘴 𝘭𝘢 𝘷𝘪𝘵𝘳𝘦 𝘥𝘦 𝘴𝘢 𝘨𝘢𝘭𝘦𝘳𝘪𝘦, 𝘲𝘶𝘪 𝘫𝘰𝘶𝘦 𝘥𝘶 𝘱𝘪𝘢𝘯𝘰. 𝘑𝘦 𝘱𝘰𝘶𝘴𝘴𝘦 𝘭𝘢 𝘱𝘰𝘳𝘵𝘦, 𝘪𝘭 𝘮’𝘪𝘯𝘷𝘪𝘵𝘦 𝘢̀ 𝘦𝘯𝘵𝘳𝘦𝘳… » Ce jour-là, le jeune homme africain avait vendu toutes ses toiles au pianiste. Sept mille euros. Depuis, l’amitié ne s’est jamais démentie.

On a l’habitude de dire que Okefolahan est un peintre de la spiritualité. Nous sommes au Bénin, et les croyances sont multiples. Même si le propos est finalement similaire. Du respect et de l’empathie, elles portent une commune mesure.

Dans sa famille, se côtoient catholiques, protestants, mais aussi musulmans et quand la porte s’ouvre, on regarde à l’envers des choses. La peinture peut aller dans le même sens, au contact de l’esprit libre et de la compréhension nécessaire de l’ombre. Il dit souvent que ces religions sont pleines de similitudes et de messages de paix. De la même manière, le vodou ne fait que prôner des principes essentiels basés sur le respect du vivant et du mort, les mânes et la protection que les anciens peuvent donner à nous autres (temporairement) vivants.

« 𝘊𝘦𝘭𝘢 𝘥𝘦́𝘱𝘢𝘴𝘴𝘦 𝘭𝘦𝘴 𝘳𝘦𝘭𝘪𝘨𝘪𝘰𝘯𝘴 𝘦𝘵 𝘤𝘦𝘴 𝘤𝘳𝘰𝘺𝘢𝘯𝘤𝘦𝘴 𝘮’𝘩𝘢𝘣𝘪𝘵𝘦𝘯𝘵 𝘣𝘪𝘦𝘯 𝘴𝘶𝘳, 𝘦𝘭𝘭𝘦𝘴 𝘧𝘰𝘯𝘵 𝘱𝘢𝘳𝘵𝘪𝘦 𝘥𝘦 𝘮𝘰𝘪 𝘦𝘵 𝘮𝘦 𝘱𝘦𝘳𝘮𝘦𝘵𝘵𝘦𝘯𝘵 𝘥’𝘦́𝘷𝘰𝘭𝘶𝘦𝘳. » La peinture est dans ces périmètres faits de lumière et de terre mêlées, parfois de la cendre brune qui vient du café, dans l’écume, dans la palpitation d’une aile qui passe.

Si l’occasion s’en présente, il faut revoir ce tableau de 2020, qui n’a pas de titre, et dont on dit rien d’autre que les dimensions (2m x 2m). Se laisser porter par la peinture, dans ces vermillons brassés de clarté, entrer dans un endroit qui est le cœur du feu et où les anciens sourient. Crânes posés et bienveillants.

Roger Calmé (ABA mag’)
Photos : DR et ©Rafiy Okefolahan
Remerciements à la galerie Lazarew qui exposait en septembre « Aïdo-Hwedo »
14 rue du Perche, 75003 Paris. Tél. : +33 1 44 61 28 73
https://galerie-lazarew.com/https://www.facebook.com/rafiy.okefolahan

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