Jaber El Mahjoub / L’ANE, LE ROI ET LE TAMBOURIN

Parfois, on tombe sur de très belles lignes consacrées à Jaber el Mahjoub. Des phrases sans manière, qui disent la liberté. C’est un peu comme dans ses tableaux. Avec ses ânes qui broutent des étoiles, des poissons poètes amoureux de jolies filles et le président Chirac qui fait le boxeur. Mohamed Chirac, sous le ciel mauresque, roi d’Andalousie.

La liberté, il n’a connu que ça. Né en 1938 en Tunisie, dans une famille de bergers, Jaber Al-Mahjoub n’est jamais allé à l’école. A quoi ça lui aurait servi ? « Abandonné par ma mère à 2 ans, abandonné par mon père à 3 ans », Jaber garde les chèvres pour subvenir à ses besoins. Et quand il a quelques sous, il fout le camp.

A dix-sept ans, il est boulanger marseillais. Puis il monte sur le ring et pousse la chansonnette. Deux 45 tours sont enregistrés et Mireille l’invite au « Petit Conservatoire ». Ensuite, une fille très chouette et très riche l’emmène avec elle en Californie. Il remporte le premier prix et revient plus tard à Paname. Là, il vend ses tableaux sur le parvis de Beaubourg. Les flics le chassent, c’est comme ça ! Il partira ailleurs, raconter ses histoires et faire voler ses ânes.

Parfois, il produit en quantité, puis il arrête et regarde par la fenêtre les toits bleutés, après la pluie.

Jaber est en peinture une véritable « brut », comme ces boxeurs qui élèvent des oiseaux, ces ballerines qui soulèvent de la fonte. Parfois, il produit en quantité, puis il arrête et regarde par la fenêtre les toits bleutés, après la pluie.

Il y a deux ans, Bertrand Bellon, Françoise Monnin et Jacques-Yves Gucia lui ont consacré un livre. Parce que c’est de la vraie, grande et belle peinture, comme celles de Dubuffet, de Chaissac, de ces merveilleux tableaux haïtiens aussi, que font Saint-Brice et Lafortune. On dit que sa côte s’est envolée et que les musées se l’arrachent. Il rit et agite son tambourin.

A 82 ans, sa porte s’ouvre rarement. Jaber El Mahjoub vit dans ses couleurs, les saisons de l’âme, les collines de Tunis, les femmes opulentes, et le ciel qui retentit à l’entrée de l’âne Tonnerre. Une femme a posé une échelle et grimpe à son cou. Une histoire d’amour. Un sourire au pied du ciel.

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos : DR
Jaber El Mahjoub, par Bertrand Bellon, Françoise Monnin et Jacques-Yves Gucia. Edit : Le Livre d’Art (25 euros).

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