Zelalem Merga / RUBAN MAGNÉTIQUE ACCROCHE AU VENT

Quittons un instant l’écran de l’ordinateur et tournons-nous vers ce qui nous entoure. Matin intérieur jour, 6h 30. Produits alimentaires, cuillères doseurs, téléphone posé non loin, boîte de poudre chocolatée, marques colorées… Le quotidien résumé en emballages, en coques plastiques, en logos, et au-dessus notre visage songeur, peut-être, ou attentif aux enfants, ou qui regarde sa montre. A un moment, dans l’habitude quotidienne de la vie.

En regardant les tableaux de Zelalem Merga, cette image revient. D’abord, il y a l’assemblage d’objets qui compose l’image. Des milliers de particules familières qui nous entourent. C’est un exercice virtuose, mais pas seulement. De près, des capsules, de loin des portraits saisissants, en ce sens qui expriment de vrais moments de vie. Mais au-delà de la prouesse, une véritable histoire que la société raconte et qui nous intègre immanquablement à son scénario. Les objets qui nous entourent nous reflètent, nous sommes, eux et nous les éléments constitutifs de ce film.

Zelaman Merga est éthiopien, et sa société est la même que la nôtre. Africain de l’ouest, Chinois, habitants de la banlieue madrilène. «  Je m’intéresse à la communication à travers la représentation visuelle dans des espaces bidimensionnels apparents et à la communication à travers les objets réels utilisés (…) », explique-t-il. Et ensuite ?

La boîte de film, contenant sensible.
Des objets sont là, à un moment, et puis ils disparaissent, mais le message perdure. « C’est une chose réelle avec laquelle il faut compter qui existait à cette époque et à cet endroit et qui transporte l’énergie en elle-même. » Cette « capsule » temporelle d’objets reflète notre présent et montre combien les changements peuvent être illusoires ou durables, combien la consommation éphémère véhicule de clichés aussi, de caprices, de futiles envies et de nécessités plastiques.

Les objets qui nous entourent nous reflètent, nous sommes, eux et nous les éléments constitutifs de ce film.

Parfois un raccourci se glisse, un clin d’œil rempli d’humour. Zelalem a fonctionné dans quantité d’œuvres avec des dessus de boîtes de films photos. L’emballage sensible en somme, qui contenait la pellicule non moins sensible, mais plus éphémère. Et cet emballage maintenant donne l’image. De la même manière, il s’est intéressé à la bande magnétique. Vous avez déjà vu ces rubans magnétiques, accrochés dans des herbes qui volent sous la brise. Ils contenaient et contiennent encore des messages, des voix, la musique de Bob Marley.

« La cassette représente l ‘esprit. Le ruban de la cassette représente nos pensées, les données à l’ intérieur. Prendre ces données – des morceaux de mémoire – et les réorganiser pour former ce que nous voyons comme un visage. », dit-il. Fantastique résumé, poétique et d’une absolue vérité. La voix. Le visage et l’émotion de l’écoute qui se lit dans le tableau.

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos : © Zelalem Merga

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