Prix Kraszna-Krausz / Photographie / LaToya Ruby Frazier / LAST EXIT TO AMERICA

On pense immanquablement aux photographies de Dorothea Lange et Walker Evans, au moment de la Dépression, dans les années trente. Les vents de sable et de poussière soufflent sur les grandes plaines du Middle West. La terre devient inculte. Mêmes visages, même détresse silencieuse, dans une Amérique emportée par le chaos. LaToya Ruby Frazier a entamé ce travail il y a deux décennies. Les époques n’ont pas beaucoup changé. Elle étaient d’ailleurs les mêmes en Russie, au siècle de Poutine, elles recouvraient la même réalité à Paris et Londres, un hiver des années 80 ou 2010, et à New-York, Cleveland, Detroit, Chicago, Harlem, Alabama, hier comme aujourd’hui. Ghettos universels et parfaitement identifiés.

La photographe américaine vient d’être distinguée pour son travail, récemment publié à l’occasion de son expo au Mudam Luxembourg (2019). Le Kraszna-Krausz Photography Book Award a reconnu la remarquable portée de l’ouvrage. Ce commentaire visuel sur la pauvreté, la discrimination raciale, le naufrage sociétal, couvre 20 ans d’observation. Il a commencé en 2001 avec la série The Notion of Family (2001-14). Les années Trump s’y inscrivent parfaitement.

One way est écrit sur la pancarte. One way. Des réseaux de routes, des voies ferrées, des culs de sac…

C’est une terre sans rêve, une terre brulée… Années Bush, années Obama et Trump, même constat.

Les portraits de Lange posaient la même humanité. Un vieil homme noir, sur le rebord d’un lit, qui ne semble plus rien attendre. Une jeune fille restée près de sa grand-mère et dont les yeux expriment l’espoir, une possible légèreté. Cette femme appuyée à un lampadaire, dans une rue du ghetto. One way est écrit sur la pancarte. One way. Des réseaux de routes, des voies ferrées, des culs de sac… Dans ce noir et ce blanc, comme de la cendre, quand tout a brûlé.

«𝘋𝘢𝘯𝘴 𝘮𝘦𝘴 𝘱𝘩𝘰𝘵𝘰𝘨𝘳𝘢𝘱𝘩𝘪𝘦𝘴, 𝘫𝘦 𝘧𝘢𝘪𝘴 𝘥𝘦𝘴 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘦𝘯𝘵𝘢𝘪𝘳𝘦𝘴 𝘴𝘰𝘤𝘪𝘢𝘶𝘹 𝘴𝘶𝘳 𝘥𝘦𝘴 𝘱𝘳𝘰𝘣𝘭𝘦̀𝘮𝘦𝘴 𝘶𝘳𝘨𝘦𝘯𝘵𝘴 𝘲𝘶𝘦 𝘫𝘦 𝘷𝘰𝘪𝘴 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘭𝘦𝘴 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘶𝘯𝘢𝘶𝘵𝘦́𝘴 𝘰𝘶 𝘭𝘦𝘴 𝘦𝘯𝘥𝘳𝘰𝘪𝘵𝘴 𝘰𝘶̀ 𝘫𝘦 𝘴𝘶𝘪𝘴. 𝘑𝘦 𝘭𝘦𝘴 𝘶𝘵𝘪𝘭𝘪𝘴𝘦 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘦 𝘱𝘭𝘢𝘵𝘦-𝘧𝘰𝘳𝘮𝘦 𝘱𝘰𝘶𝘳 𝘱𝘭𝘢𝘪𝘥𝘦𝘳 𝘦𝘯 𝘧𝘢𝘷𝘦𝘶𝘳 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘫𝘶𝘴𝘵𝘪𝘤𝘦 𝘴𝘰𝘤𝘪𝘢𝘭𝘦 𝘦𝘵 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘦 𝘮𝘰𝘺𝘦𝘯 𝘥𝘦 𝘤𝘳𝘦́𝘦𝘳 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘷𝘪𝘴𝘪𝘣𝘪𝘭𝘪𝘵𝘦́ 𝘱𝘰𝘶𝘳 𝘭𝘦𝘴 𝘱𝘦𝘳𝘴𝘰𝘯𝘯𝘦𝘴 𝘦𝘯 𝘮𝘢𝘳𝘨𝘦, 𝘲𝘶𝘪 𝘴𝘰𝘯𝘵 𝘫𝘶𝘨𝘦́𝘴 «𝘪𝘯𝘥𝘪𝘨𝘯𝘦𝘴»: 𝘭𝘦𝘴 𝘱𝘢𝘶𝘷𝘳𝘦𝘴, 𝘭𝘦𝘴 𝘱𝘦𝘳𝘴𝘰𝘯𝘯𝘦𝘴 𝘢̂𝘨𝘦́𝘦𝘴, 𝘭𝘢 𝘤𝘭𝘢𝘴𝘴𝘦 𝘰𝘶𝘷𝘳𝘪𝘦̀𝘳𝘦 𝘦𝘵 𝘲𝘶𝘪𝘤𝘰𝘯𝘲𝘶𝘦 𝘯’𝘢 𝘱𝘢𝘴 𝘥𝘦 𝘷𝘰𝘪𝘹. (…) 𝘊’𝘦𝘴𝘵 𝘤𝘦 𝘲𝘶𝘪 𝘦𝘴𝘵 𝘤𝘩𝘦𝘳 𝘢̀ 𝘮𝘢 𝘱𝘳𝘢𝘵𝘪𝘲𝘶𝘦 𝘦𝘵 𝘢̀ 𝘮𝘢 𝘱𝘰𝘴𝘪𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘥’𝘢𝘳𝘵𝘪𝘴𝘵𝘦 ». No comment !

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos LaToya Ruby Frazier
LaToya Ruby Frazier (Mousse Publishing & Mudam Luxembourg).

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