Sophie Testa / LE CIEL-CORPS ET L’ENFANT MASQUE

Un moment, il y a une hésitation. Pénétrer dans ce monde n’est pas anodin. D’ailleurs, pour dire les choses comme elles sont, certains n’en ressortent pas. Restés accrochés dans les branches, un pied dedans, un pied dehors. Bien sûr, Sophie Testa ne vous en parle pas. Mais sa peinture le dit . C’est entre ici et ailleurs, la part de l’ombre et celle du présent.

Mystique ? La peintre habite aujourd’hui Marseille. Une adorable maison, au fond d’un jardin, des plantes, des meubles de bois… Comment dire son parcours, sans parler de la Russie, par ses attaches familiales ? Ses grands parents étaient peintres et son père architecte. Mais surtout de l’Afrique où elle arrive à deux mois, de Brazzaville, où elle devient une petite fille noire. Et de la permanence des masques déjà, tout autour d’elle, dans la maison et dans la rue. Enfin, du Burkina Faso, de 1986 à 1989, à l’époque de Sankara. « 𝘓𝘦 𝘳𝘦𝘵𝘰𝘶𝘳 𝘦𝘯 𝘍𝘳𝘢𝘯𝘤𝘦 𝘢 𝘦́𝘵𝘦́ 𝘥𝘰𝘶𝘭𝘰𝘶𝘳𝘦𝘶𝘹, 𝘦𝘵 𝘥𝘦́𝘤𝘦𝘷𝘢𝘯𝘵. 𝘑𝘦 𝘷𝘰𝘶𝘭𝘢𝘪𝘴 𝘳𝘦𝘵𝘰𝘶𝘳𝘯𝘦𝘳 𝘢𝘶 𝘱𝘢𝘺𝘴 𝘴𝘢𝘯𝘴 𝘧𝘢𝘪𝘳𝘦 𝘶𝘯 𝘱𝘦̀𝘭𝘦𝘳𝘪𝘯𝘢𝘨𝘦 𝘴𝘶𝘳 𝘮𝘰𝘯 𝘦𝘯𝘧𝘢𝘯𝘤𝘦, 𝘮𝘢𝘪𝘴 𝘥𝘦 𝘳𝘦𝘯𝘤𝘰𝘯𝘵𝘳𝘦𝘳 𝘦𝘵 𝘧𝘢𝘪𝘳𝘦 𝘲𝘶𝘦𝘭𝘲𝘶𝘦 𝘤𝘩𝘰𝘴𝘦 𝘢𝘷𝘦𝘤 𝘭𝘦𝘴 𝘨𝘦𝘯𝘴. 𝘑’𝘢𝘪 𝘢𝘵𝘵𝘦𝘯𝘥𝘶 𝘶𝘯 𝘴𝘪𝘨𝘯𝘦 𝘱𝘦𝘯𝘥𝘢𝘯𝘵 25 𝘢𝘯𝘴. »

« Dans une recherche qui est autant un travail d’anthropologie, donc référencié, localisé,et une quête plasticienne avec l’introduction de certaines libertés. » Sophie Testa

Le signe. C’est une sorte de bascule, un équilibre qui se rompt et un autre qui se crée. En 2012, au Québec, Claude de Guise lui fait rencontrer les artistes (et jumeaux) Ousseni et Assane Ouattara. L’art africain ne se résume pas aux masques, mais il les associent, parce qu’ils ont cette sanguinité profonde, qui traverse le temps. Ils sont avant, après et pendant, des fenêtres spirituelles, et la toile s’en fait l’écho…

Elle mélange, elle associe les ingrédients magiques, initiaux, et ceux que la vie réservent comme aléas relatifs.

Le travail de Sophie Testa va dès lors s’inscire dans cet esprit. « Dans une recherche qui est autant un travail d’anthropologie, donc référencié, localisé, et une quête plasticienne avec l’introduction de certaines libertés», elle mélange, elle associe les ingrédients magiques, initiaux, et ceux que la vie réservent comme aléas relatifs. Un travail qui fait bondir les anthropologues européens, et exploser de joie les plasticiens africains. Cette femme est leur frangine !

Il est rare que ce genre de rencontre fonctionne. On parle souvent de vols, de détournements, de pillage… Entre 2007 et 2014, Sophie a conduit deux masters sur l’art aborigène et amérindien. C’est à dire du travail scientifique. Et c’est l’aspect conceptuel de son travail, de trouver ensuite, avec le respect qui convient, des accès plastiques à cette immense résonance.

Il répète une ligne, toujours différente, et néanmoins permanente. La différence est le quotidien et la permanence l’éternité.

Les jumeaux sacrés dont elle parlent dans ses toiles existent, au sens premier du terme. Au-delà de la croyance, ils sont des socles fondamentaux. Dans les pratiques vaudous, ils apparaissent et soignent le vivant. Ils ont donc une fonction. Ne pourraient-ils pas avoir aussi une part de liberté ? Le travail de Sophie est… dans ce temps imaginaire et réel qui hésite, à la limite de l’eau, dans le clapoitis. Il répète une ligne, toujours différente, et néanmoins permanente. La différence est le quotidien et la permanence l’éternité.

Ce n’est pas une peintre, elle n’est ni blanche, ni noire, Sophie Testa est une sorcière ! Bienvenue à elle !

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos : ©Sophie Testa

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