Rwanda / Berlin / Amelia Umuhire / LE PASSE DE-COMPOSE

Comment nourrir un travail, dans le temps et dans la forme, lui donner son indépendance, alors que les références vous tiraillent constamment ? Une fois l’Amérique, ou bien l’Europe, une autre l’apprentissage à Kigali, entre la maison et le collège des prêtres belges. Amelia Umuhire, cinéaste rwandaise, trouve des réponses vidéos à ces questions. Sa web série Polyglot (2015) évoquait ainsi la vie de jeunes artistes en Europe. En 2016, Mugabo remontait au génocide de 1994, en s’attachant à la survivance, c’est à dire la perte, la mémoire, l’identité des lieux et celles des personnes.

« 𝘊𝘰𝘮𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘦́𝘵𝘢𝘪𝘵-𝘤𝘦 𝘥’𝘢𝘭𝘭𝘦𝘳 𝘢̀ 𝘭’𝘦́𝘤𝘰𝘭𝘦 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘶𝘯 𝘦𝘴𝘱𝘢𝘤𝘦, 𝘰𝘶̀ 𝘥𝘦𝘴 𝘱𝘳𝘦̂𝘵𝘳𝘦𝘴 𝘣𝘦𝘭𝘨𝘦𝘴 𝘷𝘰𝘶𝘴 𝘦𝘯𝘴𝘦𝘪𝘨𝘯𝘢𝘪𝘦𝘯𝘵 𝘭𝘦 𝘭𝘢𝘵𝘪𝘯 𝘦𝘵 𝘭𝘦 𝘨𝘳𝘦𝘤, 𝘱𝘶𝘪𝘴 𝘳𝘦𝘯𝘵𝘳𝘦𝘻 𝘤𝘩𝘦𝘻 𝘷𝘰𝘶𝘴 𝘱𝘦𝘯𝘥𝘢𝘯𝘵 𝘭𝘦𝘴 𝘷𝘢𝘤𝘢𝘯𝘤𝘦𝘴 ?« 

Avec Kana, présentée pat la municipalité de Cologne, la réalisatrice poursuit ce cheminement à l’envers des clichés. « 𝘊𝘰𝘮𝘱𝘳𝘦𝘯𝘥𝘳𝘦 𝘭𝘦 𝘴𝘺𝘴𝘵𝘦̀𝘮𝘦 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘭𝘦𝘲𝘶𝘦𝘭 𝘮𝘦𝘴 𝘱𝘢𝘳𝘦𝘯𝘵𝘴 𝘰𝘯𝘵 𝘨𝘳𝘢𝘯𝘥𝘪 𝘦𝘵 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘪𝘭 𝘢 𝘧𝘢𝘤̧𝘰𝘯𝘯𝘦́ 𝘭𝘦𝘶𝘳𝘴 𝘷𝘢𝘭𝘦𝘶𝘳𝘴(…). 𝘊𝘰𝘮𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘦́𝘵𝘢𝘪𝘵-𝘤𝘦 𝘥’𝘢𝘭𝘭𝘦𝘳 𝘢̀ 𝘭’𝘦́𝘤𝘰𝘭𝘦 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘶𝘯 𝘦𝘴𝘱𝘢𝘤𝘦, 𝘰𝘶̀ 𝘥𝘦𝘴 𝘱𝘳𝘦̂𝘵𝘳𝘦𝘴 𝘣𝘦𝘭𝘨𝘦𝘴 𝘷𝘰𝘶𝘴 𝘦𝘯𝘴𝘦𝘪𝘨𝘯𝘢𝘪𝘦𝘯𝘵 𝘭𝘦 𝘭𝘢𝘵𝘪𝘯 𝘦𝘵 𝘭𝘦 𝘨𝘳𝘦𝘤, 𝘱𝘶𝘪𝘴 𝘳𝘦𝘯𝘵𝘳𝘦𝘻 𝘤𝘩𝘦𝘻 𝘷𝘰𝘶𝘴 𝘱𝘦𝘯𝘥𝘢𝘯𝘵 𝘭𝘦𝘴 𝘷𝘢𝘤𝘢𝘯𝘤𝘦𝘴? 𝘗𝘢𝘳𝘤𝘦 𝘲𝘶𝘦 𝘭𝘢 𝘱𝘢𝘳𝘵𝘪𝘦 𝘭𝘢 𝘱𝘭𝘶𝘴 𝘤𝘳𝘶𝘤𝘪𝘢𝘭𝘦 𝘥𝘦 𝘭’𝘦́𝘥𝘶𝘤𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘴’𝘦𝘴𝘵 𝘥𝘦́𝘳𝘰𝘶𝘭𝘦́𝘦 𝘭𝘢̀-𝘣𝘢𝘴, 𝘢̀ 𝘭𝘢 𝘮𝘢𝘪𝘴𝘰𝘯, 𝘭𝘰𝘳𝘴𝘲𝘶𝘦 𝘭𝘦𝘴 𝘯𝘰𝘶𝘷𝘦𝘭𝘭𝘦𝘴 𝘤𝘰𝘯𝘯𝘢𝘪𝘴𝘴𝘢𝘯𝘤𝘦𝘴 𝘰𝘯𝘵 𝘦́𝘵𝘦́ 𝘮𝘪𝘴𝘦𝘴 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘶𝘯 𝘤𝘰𝘯𝘵𝘦𝘹𝘵𝘦 𝘱𝘭𝘶𝘴 𝘭𝘢𝘳𝘨𝘦. », disait-elle à propos de « Show me your selves » (Montre-moi tes étagères)». C’est à dire les objets autour de soi, un calendrier, des lectures, des livres ouverts et restés sur une certaine page…

Kana est un voyage en cours. Une recouvrance du passé et une revendication du futur. Au moment de sa disparition, son père avait laissé des livres. Grace à ces balises, « 𝘷𝘰𝘶𝘴 𝘱𝘰𝘶𝘷𝘦𝘻 𝘳𝘦𝘵𝘳𝘢𝘤𝘦𝘳 𝘭’𝘩𝘪𝘴𝘵𝘰𝘪𝘳𝘦 𝘥’𝘶𝘯𝘦 𝘱𝘦𝘳𝘴𝘰𝘯𝘯𝘦 𝘰𝘶 𝘥’𝘶𝘯𝘦 𝘪𝘯𝘴𝘵𝘪𝘵𝘶𝘵𝘪𝘰𝘯, 𝘦𝘵 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘭𝘦𝘴 𝘥𝘦𝘶𝘹 𝘴𝘰𝘯𝘵 𝘭𝘪𝘦́𝘴. » Apprendre et reconnaître ces espaces pour se trouver ensuite une place réellement libre. « 𝑆𝑜𝑢𝑣𝑒𝑛𝑡, 𝑒𝑛 𝐸𝑢𝑟𝑜𝑝𝑒, 𝑙’𝑎𝑐𝑐𝑒𝑛𝑡 𝑒𝑠𝑡 𝑚𝑖𝑠 𝑠𝑢𝑟 𝑙𝑒 𝑓𝑎𝑖𝑡 𝑞𝑢𝑒 𝑙’𝑜𝑛 𝑒𝑠𝑡 𝑎𝑓𝑟𝑖𝑐𝑎𝑖𝑛, 𝑖𝑚𝑚𝑖𝑔𝑟𝑒́, 𝑓𝑒𝑚𝑚𝑒 𝑑𝑒 𝑐𝑜𝑢𝑙𝑒𝑢𝑟… 𝐵𝑖𝑒𝑛 𝑞𝑢𝑒 𝑐𝑒𝑠 𝑐𝑎𝑡𝑒́𝑔𝑜𝑟𝑖𝑒𝑠 𝑝𝑢𝑖𝑠𝑠𝑒𝑛𝑡 𝑒̂𝑡𝑟𝑒 𝑛𝑒́𝑐𝑒𝑠𝑠𝑎𝑖𝑟𝑒𝑠 (…), 𝑗𝑒 𝑝𝑟𝑒́𝑓𝑒̀𝑟𝑒 𝑢𝑛 𝑒𝑛𝑣𝑖𝑟𝑜𝑛𝑛𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑜𝑢̀ 𝑗𝑒 𝑝𝑒𝑢𝑥 𝑒̂𝑡𝑟𝑒 𝑢𝑛 « 𝑚𝑜𝑖 » 𝑎̀ 𝑝𝑎𝑟𝑡 𝑒𝑛𝑡𝑖𝑒̀𝑟𝑒 𝑒𝑡 𝑙𝑎𝑖𝑠𝑠𝑒𝑟 𝑙’œ𝑢𝑣𝑟𝑒 𝑝𝑎𝑟𝑙𝑒𝑟 𝑑’𝑒𝑙𝑙𝑒-𝑚𝑒̂𝑚𝑒. »

Roger Calmé (ZO mag’)
Photo : ©Amelia Umuhire
Kana, du 4 sept. au 4 oct. 2020, Unser Ebertplatz, Cologne (Allemagne).

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