Gastineau Massamba / UNE FIDÈLE CAMARADE

La toile est parfois comme une page d’écriture. Elle relate. C’est dans sa façon de poser les éléments, en précisant certains traits, en notant une épaisseur, en soulignant un bout de phrase. Ou alors, comme le fait Gastineau Massamba, en ajoutant une pièce de tissu, sur un trou. Une absence qu’il comble. Qui cache et qui montre en même temps.

La première émotion devant son travail pourrait s’apparenter au souvenir. Des gens qui ont été et qui ne sont plus. La mort apparaît par instant, mais elle garde une sorte de fatalité cocasse, un peu comme un cimetière mexicain. Des fleurs, de la couleur et ces crânes qui rigolent. « La mort, c’est notre compagnon le plus fidèle, elle est toujours au rendez-vous. Ça me parle, car c’est aussi un cycle existentiel, on naît pour mourir. Et j’ai vu mourir beaucoup de gens dans mon pays. » On parlait de peinture, on en vient aux corps qui jonchaient les rues de Brazzaville, au moment de la guerre du pétrole. Une interview avec lui, n’est pas un exercice convenu.

« Si l’œuvre s’arrête à un seul discours, c’est une œuvre morte. »

D’ailleurs, voilà bien une chose qu’il exècre. Les choses figées, les gestes qui ne sont plus que des répétition. « Si l’œuvre s’arrête à un seul discours, c’est une œuvre morte. », dit-il parfois, en refusant toutes les classifications, à commencer par celle, récurrente, qui le fait appartenir à l’art africain contemporain. « Parce que le travail, quand il est fait, n’a pas une identité africaine comme telle, à moins que ce soit dans les sujets abordés. » La seule chose à laquelle il fait référence, c’est expérimentation, la recherche, l’alchimie à laquelle il se frotte en mêlant les mediums, le tissage comme aujourd’hui, mais aussi l’écriture, la peinture, un instant absente, et demain ?

On va donc essayer de résumer ? Une anecdote pour commencer. A ceux qui l’interrogent sur cette utilisation du tissage, il parle de sa petite enfance et de la machine Singer dont « (j’ai) appris à (me) servir… pour recoudre un bouton, et défiler bien habillé au cortège des Jeunes pionniers. » On ne plaisante pas avec le marxisme-léninisme. 

Une seconde aussi savoureuse. Massamba est né dans une famille d’artiste. Tenez, son propre père enseignait à l’époque les arts plastiques à Brazzaville. A 21 ans, son fiston lui annonce que c’est également ce chemin artistique qu’il entend suivre. « Mon père m’a jeté dehors. Je ne sais pas ce qu’il lui a pris, il voulait que je devienne avocat ou journaliste. »

Le travail, quand il est fait, n’a pas une identité africaine comme telle.

Aujourd’hui, Gastineau Massamba est un peintre. Quel plaisir d’écrire ce mot et d’y mettre le sens. Peintre, comme on est voyageur au long cours, qui brasse dans le ciel et l’océan, qui passe des caps et inventent les paysages à venir. Peintre incertain, navigateur de l’ombre, et après tout, c’est bien de ce mouvement que le voyage se fait.

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos DR et © Gastineau Massamba

Galerie Anne de Villepoix. Tél. : 01 42 78 32 24
Hce Galerie. Tél. : 06 81 94 63 06
studiohcecreation@gmail.com 

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